Souveraineté et « néo-colonialisme numérique » : l’importance des extensions nationales

La France a son .FR, l’Allemagne son .DE, la Belgique son .BE, l’Italie son .IT… sans y faire forcément attention, nous connaissons tous de nombreuses extensions nationales. Mais comment et par qui sont-elles attribuées aux Etats ?

A ce jour, il en existe environ 260 et représentent véritablement le pendant numérique des territoires géographiques. Un fait récent, à propos d’une petite île de la Manche, nous permet de revenir sur leur processus d’attribution et de rappeler leur rôle déterminant dans notre ère numérique.

Vers un .CQ ?

Drapeau de l’île Sercq

Un article du 23 mars dernier du journal The Register évoquait un événement passé inaperçu et relativement rare : la nouvelle attribution d’un code pays à un territoire : l’île Sercq. Après une bataille de plus de 20 ans, Sercq, une petite île Anglo-Normande de seulement 5,4 km² a donc obtenu, à l’instar de ses voisines les îles Jersey (JE) et Guernesey (GG) son code pays à deux caractères sur décision de l’ISO (International Standards Organization) : le CQ. Le nom de cette île étant Sark en anglais, le SK aurait pu sembler plus approprié, cependant ce code pays est d’ores et déjà attribué et utilisé par la Slovaquie.

Ce code est généralement attribué par l’ISO, uniquement aux nouveaux États membres de l’ONU par notification de cette dernière. Comme il est mentionné sur le site web de l’ISO: « En règle générale, l’Autorité de mise à jour d’ISO 3166 n’attribue pas de codet officiel pour les noms de pays à des zones géopolitiques ou pays qui ne sont pas des États membres de l’ONU. Elle peut toutefois attribuer des codes de pays à des dépendances de pays qui sont membres de l’ONU. Parmi les critères pris en compte à cet égard figurent notamment les suivants : la zone doit être géographiquement séparée du pays dont elle dépend ou se situer en dehors de ses eaux territoriales. »

Quel rapport avec les noms de domaine me direz-vous ? Tout simplement, c’est sur la base de la norme ISO 3166-1 que l’IANA – qui se refuse à déterminer elle-même ce qui constitue ou pas un pays – attribue la délégation des extensions nationales (country-code top-level domains). Par conséquent, même si la procédure pour que l’extension .CQ soit pleinement active et ajoutée à la root-zone par l’IANA demeure peut-être encore longue, la naissance d’une nouvelle extension nationale devrait certainement voir le jour. La dernière délégation d’une extension nationale, le .SS pour le Sud-Soudan, datait de janvier 2019.

Souveraineté et « néo-colonialisme » sur Internet

L’exemple récent du CQ et de sa possible création en tant qu’extension de premier niveau est en outre l’occasion de remettre un coup de projecteur sur l’importance des extensions nationales et sur l’attribution chaotique dont certaines d’entre elles ont pu faire l’objet aux origines de l’Internet. A ce sujet vous pouvez télécharger notre livre blanc sur l’importance des extensions pays sur https://safebrands.fr/brochures-safebrands/, en choisissant « Livre blanc sur l’importance des extensions pays – cctlds »

Dans le cas de Sercq, une île dont la principale source de revenu est le tourisme, et à l’heure où la prise de renseignements et les réservations se font essentiellement en ligne, il est aisé de comprendre que son invisibilité numérique devenait problématique. Car oui, ces extensions permettent littéralement à un territoire d’exister sur Internet : elles sont de véritables ressources nationales. Elles génèrent à la fois une visibilité mais aussi et surtout des revenus parfois conséquents pouvant bénéficier aux populations locales.

Pour prendre un exemple positif et franco-français, la gestion de l’extension nationale française .FR – mais aussi des extensions nationales ultramarines comme le .RE (La Réunion) ou le .YT  (Mayotte) – a été confiée à l’AFNIC , Association Française pour le Nommage Internet en Coopération. Grâce aux bénéfices réalisés sur la gestion du .FR, nos amis de l’AFNIC ont ainsi pu créer en 2015, avec le soutien de la Fondation de France, sa propre Fondation dont le but est de « participer à l’émergence ou au soutien de projets structurants et de terrain, ayant pour but soit d’utiliser Internet à des fins de solidarité sociale et économique, soit de diffuser les usages et les connaissances sur Internet, dans un but de développement de la solidarité sur le territoire français. »

Un autre exemple vertueux mais plus exotique revient au .TV. Popularisée par la plateforme de streaming twitch.tv, cette extension, dont la gestion a contractuellement été confiée au géant américain Verisign (.COM, .NET…) se révèle être parfaitement adaptée à tous les services de vidéos sur le web. Cette extension a même fait l’objet d’un article du Figaro en début d’année. Il rappelle notamment que le .TV représente environ 10% du PIB de l’île et lui a permis de développer des services essentiels au profit de la population : éducation, santé…Une manne financière plus que bienvenue pour un micro-Etat relativement pauvre.

D’autres histoires sont malheureusement plus complexes et moins reluisantes. Pour comprendre, il faut revenir aux sources de l’Internet et à Jon Postel lui-même. Ce dernier, au moment de la création des premières extensions nationales (.UK pour le Royaume-Uni, .US pour les Etats-Unis et .IL pour Israël) en attribua simplement la gestion, en toute bonne foi, sur le principe du « premier arrivé, premier servi » sans forcément se soucier dans un premier temps d’une quelconque légitimité ou connexion du futur gestionnaire avec le territoire concerné. Et c’est donc ainsi que les problèmes commencèrent pour certaines extensions…

Le .LY, célèbre grâce au raccourcisseur d’URL bit.ly, est désormais géré par la société General Post and Telecommunication Company, société appartenant à l’Etat Lybien. Mais celle-ci avait été attribuée pendant un temps à un homme d’affaires Britannique prétendant résider à Tripoli. Le .TJ a brièvement appartenu à une société Californienne avant de revenir enfin au Tadjikistan. Quant au .NU, code de l’île du Pacifique Niue (à 2 400 km au nord-est de la Nouvelle-Zélande), est toujours entre les mains d’un certain Bill Semich qui en a confié ensuite la gestion technique au registre Suédois. En effet, « nu » signifiant « maintenant » en suédois, cette extension est particulièrement prisée en Suède. Fin 2018, l’île Niue a intenté un procès contre le registre Suédois afin de tenter de récupérer la gestion de son extension et l’argent perdu depuis des années. Car si une extension est bien une ressource nationale comparable au pétrole ou au charbon, qu’en est-il de son appropriation par des intérêts étrangers ? C’est ainsi que M. Toke Talagi leader de l’île Niue, n’hésite pas à parler de « néo-colonialisme ». Quelques-unes de ces anecdotes et d’autres sont évoquées dans un récent et passionnant article du journal Wired que nous vous partageons et vous invitons à lire.

La crise actuelle liée au COVID 19 nous le démontre encore un peu plus, l’accès aux ressources numériques a minima facilite nos vies, voire est devenu indispensable pour beaucoup d’entre nous. Par conséquent, une extension nationale est devenu assimilable à un attribut de la souveraineté d’un État : un outil au service de son indépendance.

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