Quelles perspectives d’avenir pour le .TEL ?

Dans le petit monde des noms de domaine, nombre d’acteurs s’inquiètent de la politique générale de l’ICANN et en particulier de sa volonté de multiplier les extensions, alors même que ceci met en péril l’équilibre général du système. C’est dans ce contexte qu’est sortie fin 2008, avec une ouverture totale en mars 2009 une énième extension, répondant au nom somme toute attractif de .TEL.

Un nouvelle extension enfin différente

Le .tel n’est pas une extension comme les autres. Elle ne permet pas l’édition de pages internet, le placement en parking ni même l’insertion d’une moindre image. Le .tel a été pensé comme un annuaire universel de contacts, qui peut être organisé en répertoires. Alors que l’avènement de la navigation sur mobile est imminent, proposer un format adapté à ces nouveaux modes de communication semble judicieux.

Taper airfrance.tel, renault.tel, danone.tel, lvmh.tel ou loreal.tel dans son téléphone portable ou dans son navigateur internet doit permettre d’afficher au plus vite les coordonnées complètes des entreprises concernées, et le cas échéant leurs groupes Facebook, fils Twitter et autres informations de contact utiles.

Mais le .tel s’adresse également au grand public, chacun d’entre nous pouvant présenter et mettre à jour, sans nécessaire connaissance informatique ni besoin d’hébergement internet, sa propre page de coordonnées. Ainsi les lecteurs de Mailclub.info pourraient-ils contacter par téléphone, skype ou d’autres moyens l’auteur du présent article, simplement en se rendant sur davidchelly.tel depuis leur mobile ou leur ordinateur.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le registre ait pu récemment célébrer son deux cent millième enregistrement de noms de domaine en .tel, moins de six mois après le lancement de l’extension. Sauf que dans la belle histoire du .tel, à y regarder de plus près, rien de tangible n’incite à l’optimisme.

Des domaineurs sceptiques au sujet du .TEL

Neuf années de développement, ponctuées de plusieurs refus auprès de l’ICANN, et trente-six millions de dollars investis ont en réalité accouché d’un projet qui n’a su séduire ni les entreprises, ni les particuliers. Aujourd’hui, pas plus loreal.tel que lvmh.tel, airfrance.tel, carrefour.tel, renault.tel ou tartampion.tel ne renvoie la moindre information pertinente, même s’il faut reconnaître que les titulaires n’ont eu que quelques semaines pour mettre en ligne leurs coordonnées.

Si l’on fait une étude approfondie des enregistrements de .tel, les titulaires de ces noms de domaine sont majoritairement des apprentis domaineurs qui recherchent un point d’entrée dans un secteur dans lequel ils ont cru voir des réussites fulgurantes. Le ticket d’entrée sur les .com ou les .fr étant désormais hors de portée des principales bourses, ces personnes comptent sur les nouvelles extensions pour goûter à leur tour à l’enrichissement rapide.

Malheureusement pour eux, si l’on en croit les « gourous » du domaining, qui n’ont jamais été aussi unanimes quant à l’appréciation d’une nouvelle extension, le verdict est sans appel : le .tel, dans sa version actuelle, n’offre pas d’opportunités pour les domaineurs. Non pas que l’idée de proposer un annuaire de contacts faisant la liaison entre les adresses physiques, téléphoniques et numériques soit mauvaise, mais c’est dans son implémentation et dans la capacité du registre Telnic à l’insérer dans l’environnement internet existant que les inquiétudes sont les plus grandes.

Pour l’instant, l’écart entre la fiction proposée par un spot télévisé réussi et la réalité d’une interface peu intuitive et de possibilités éditoriales minimes est trop grand pour pouvoir placer un réel espoir dans cette extension, même si elle est par nature évolutive.

Se pose alors la question plus générale et fondamentale de l’avenir des nouvelles extensions, qui sera l’objet de prochains articles.