Peut-on gagner de l’argent avec les noms de domaine ?

A l’instar de la loterie, le domaining offre la possibilité de miser une poignée d’euros et de gagner après quelques semaines, mois ou années, des montants allant jusqu’à six ou sept chiffres. Mais de la même manière que jouer au loto n’est pas un métier, spéculer sur les noms de domaine ne l’est pas non plus.

Vouloir trouver d’autres points communs entre le domaining et les jeux de hasard serait inapproprié, tant le domaining est devenu au fil du temps une activité complexe.

Le mythe des glorieux temps anciens

Pour la majorité des acteurs du web, les domaineurs sont des individus fortunés qui doivent leur réussite au fait d’avoir pu enregistrer des noms de domaine lorsque les meilleurs noms de domaine étaient encore disponibles. Ceci est inexact : les pionniers du secteur ont rapidement disparu, après avoir pour la plupart essuyé des faillites retentissantes.

Comment pouvait-il en être autrement lorsque l’enregistrement des noms de domaine coûtait jusqu’à $500 pièce et que les possibilités de monétisation et les probabilités de revente sur le second marché étaient quasi nulles. L’histoire n’a pourtant retenu de cette époque que les belles histoires telles que celle de l’ex-leader des sans-papiers de l’église Saint-Bernard qui a revendu avec ses deux associés le nom de domaine Vizzavi.fr à Vivendi pour la somme de 24 millions de francs. Mais ces personnes n’étaient pas des professionnels des noms de domaine et ne doivent leur réussite qu’à la chance.

Jean-Noël Frydman le reconnaît volontiers, il ne pensait pas faire le moindre bénéfice lorsqu’il est devenu en 1994 titulaire de noms de domaine tels que France.com ou Israel.com, tous deux évalués à plusieurs millions d’euros aujourd’hui. Les investisseurs dans les noms de domaine qui se sont constitués des portefeuilles conséquents dès la fin des années 1990 et qui sont encore actifs aujourd’hui sont très rares. A l’instar de Virtual Network ou de Marcel Stenzel, il s’agit presque exclusivement d’entrepreneurs dont le domaining n’était pas l’activité principale et qui ne s’étaient pas fixés d’objectifs impératifs de rentabilité à court ou moyen terme.

Les premières success stories du domaining

Ce n’est qu’après l’éclatement de la bulle spéculative de 2001 que les premiers business models rentables autour des noms de domaine ont émergé. Les rares élus sont des personnes remarquables par leur talent de visionnaire, mais encore davantage pour leur témérité. Compte tenu des informations de l’époque, le choix du célèbre Frank Shilling d’investir toute son épargne personnelle (et bien au-delà !) dans un secteur aussi risqué était pour le moins audacieux. Qualité que possède également sans conteste son homologue français, le gérant de la société stéphanoise Domyno, qui a entrepris il y a dix ans de se constituer un large portefeuille de noms de domaine, à l’heure où les conditions d’enregistrement d’un .fr paraissaient inspirées d’un des romans les plus angoissants de Kafka, que de tels noms de domaine ne pouvaient être légalement revendus et que leur enregistrement coûtait la bagatelle de 500 euros l’unité.

Au fur et à mesure que le marché des noms de domaine s’est développé, les success stories ont été de plus en plus le fait de véritables experts du secteur, à l’image de Yun Ye, jeune américain ayant profité de sa connaissance du principe de l’expiration des noms de domaine pour se constituer un portefeuille qu’il revendra, en partie, pour 163 millions de dollars à Marchex.

La meilleure époque ? Aujourd’hui et maintenant

Un bon domaineur n’est pas nostalgique, car le marché se développe et car les opportunités de gains sont beaucoup plus importantes aujourd’hui qu’hier. Les succès récents ne manquent pas et ne concernent pas uniquement les domaineurs historiques. Le registrar qui s’est imposé comme le spécialiste incontesté de la récupération de noms de noms de domaine en .fr qui viennent d’expirer, n’a démarré son activité qu’en 2008 seulement. Et pas plus tard qu’à la fin de cet été 2009, un sportif de haut niveau réfléchissant à une reconversion dans l’internet a obtenu pour la somme de 29 euros grâce à la société Capnom un nom de domaine d’une valeur au moins mille fois supérieure.

De la chance ? oui et non. De telles opportunités sont rares, mais elles existent nécessairement dans un marché en structuration. Mais à l’opposé de la Loterie où « tout le monde a sa chance », le secteur du domaining francophone ne comprend que quelques centaines de membres, car rares sont ceux qui consentent à faire les efforts nécessaires en termes d’investissement financier, de temps et d’apprentissage pour intégrer ce monde passionnant mais de plus en plus exigeant.