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Nouvelles bases pour un domaining durable

Développement durable, économie responsable, commerce équitable, autant de termes en vogue qui reflètent une nouvelle ère touchant tant les sociétés que les individus dans leur quotidien. Loin de se limiter à un simple effet de mode, c’est bien d’une révolution majeure dont nous sommes les témoins, et ses implications se retrouvent dans tous les secteurs d’activité, le domaining ne faisant pas exception.

Des prestataires qui vendent du vent ?

L’idée d’un domaining durable semble contraire aux principes qui ont structuré le secteur jusqu’à présent, essentiellement marqué par la recherche de l’argent facile, quels que soient les moyens à employer.

Il convient de reconnaître l’ingéniosité des acteurs en présence, qui ont su profiter de l’essor de l’internet pour mettre sur pied un modèle économique hautement profitable se basant sur un simple jeu d’écriture virtuel. La principale invention a consisté à mettre en place un système permettant de créer un produit à partir de rien. Les possibilités de créations d’extensions et de noms de domaine sont infinies, ce que les registres et bureaux d’enregistrement ont bien compris, au détriment de sociétés et autres organismes constamment sollicités pour de soi-disant enregistrements défensifs et d’apprentis domainers trompés par des messages publicitaires grotesques faisant miroiter des possibilités de plus-values.

L’ouverture actuelle du .co en est une illustration parfaite, les plus grands bureaux d’enregistrement n’hésitant pas à la présenter comme une alternative équivalente au « dot com » (!) et un futur succès mondial, alors que chaque personne familière du secteur sait que cette extension ne pourra vraisemblablement s’imposer qu’en Colombie, et encore ([L’extension actuellement populaire en Colombie est le .com.co, et il n’est pas acquis que le .co emporte la préférence des éditeurs internet du pays.)].

Les « pyramides » du secteur des noms de domaine

Cette montée en puissance des slogans de supermarché mensongers, croissante depuis le .me, le .tel, le .cm et désormais le .co, est inquiétante lorsque l’on sait que des plusieurs centaines de nouvelles extensions devraient voir le jour dans les années à venir.

Certains registres choisiront de continuer à profiter tant que possible de cette manne en continuant de créer des extensions dont personne n’a besoin, appuyés par des bureaux d’enregistrement qui assureront leur commercialisation avec toute la mauvaise foi du monde et de pauvres gens qui entretiendront, le temps d’épuiser leurs économies, la spéculation autour de ces soi-disant innovations. A l’image des pyramides financières, cela n’a rien de durable et les perspectives d’enrichissement rapide des registres vont inéluctablement se transformer en faillites.

Le choix de la raison

Comme dans toutes les crises, celle qui semble inévitable dans le secteur des noms de domaine entraînera une probable redistribution des cartes, avec de nouveaux acteurs qui prendront des positions de manière pérenne.

D’ores et déjà, certains registres comme l’AFNIC, en charge principalement de la zone .fr, ont choisi de délaisser les possibilités de profit à court terme pour se consacrer à pérenniser l’extension. On pouvait s’attendre au pire de la part de la France, spécialiste de la lourdeur administrative et de la rigidité bureaucratique et donc absolument pas armée pour produire quoi que ce soit d’utile et d’efficace dans l’internet, comme nous en avons la preuve chaque jour. Et pourtant, après des débuts difficiles, le registre français devient tout simplement une référence mondiale, tant pour son expertise technique que sa pour gestion de la diffusion du .fr auprès des acteurs économiques et sociaux, de même que pour la lutte contre le cybersquatting ou pour la fluidité des liens entre premier et second marché.

Quand aux bureaux d’enregistrement, si les leaders usent de tous les moyens pour vendre davantage, certains considèrent que leur rôle consiste davantage à conseiller les clients sur l’intérêt des noms de domaine et leurs possibilités d’utilisation qu’à leur faire constituer un portefeuille virtuel aussi dense qu’inutile. Or, aujourd’hui, si les opportunités d’investissement de noms de domaine existent bel et bien et peuvent même être déterminantes pour la réussite de la stratégie internet d’une entreprise, elles se situent quasiment exclusivement sur le second marché, champ investi par les domaineurs et dont les perspectives sont prometteuses pour ceux qui ont su agir de manière avisée et raisonnée.