L’activité de domaineur

Contrairement aux idées reçues, le domaining est une activité qui demande une certaine expertise. Pas plus hier qu’aujourd’hui il ne s’est agi d’enregistrer à la volée des milliers de noms de domaine et de les revendre à prix d’or.

Même Virtual Networks, leader incontesté et l’un des tous premiers arrivés sur le marché francophone, a constitué son portefeuille par acquisitions et non par enregistrement de noms. Toute la subtilité du métier est de pouvoir détecter sur le second marché les noms de domaine dont le prix de vente est inférieur à leur valeur intrinsèque, ainsi que les noms encore libres à l’enregistrement qui comportent un potentiel de développement.

A la différence de la bourse, où les cours d’une action reflètent au moment T la valeur actuelle d’une société compte tenu des informations dont dispose le marché, il est aisé de réaliser des arbitrages gagnants en investissant dans les noms de domaine. Cette particularité, que la théorie financière dénomme « l’inefficience du marché » est due à l’avantage en termes d’informations des domaineurs, qui leur confère une position d’initié, et à la faible liquidité du marché, qui favorise particulièrement les acheteurs.
La réflexion, la veille, la documentation et la maîtrise de pratiques et d’outils variés sont les principaux facteurs-clés de succès du domaining. Nombreuses sont les opportunités d’achat et d’enregistrement, dès lors que l’on possède une expertise dans certains secteurs d’activité, si possible porteurs, et que l’on est familier avec les places de marché et les modalités pratiques de réalisation des transactions.

Le dilemme de la monétisation

Si le domaineur peut être défini comme un investisseur avisé dans les noms de domaine, la grande majorité des plus-values qu’il génère sont toutefois virtuelles, car les ventes sont rares.
Naturellement, se pose le problème de financement de l’activité, que les ventes occasionnelles et les maigres revenus de parking ne peuvent en principe pas résoudre.

Dans ces conditions, les domaineurs francophones choisissent pour la plupart le développement de sites ou de mini-sites, au moins pour les noms qui possèdent le plus de potentiel. Toutefois, même si réaliser un site sur les assurances-vie offrira au titulaire du nom de domaine Assurancevie.be une rentabilité très supérieure à celle d’une simple page de parking, on reste loin de ce que pourrait en retirer un acteur du secteur, pour qui le moindre client supplémentaire apporte une marge nette de plusieurs milliers d’euros.

Malgré les difficultés de monétisation et de financement rencontrées, les domaineurs professionnels considèrent leurs revenus potentiellement supérieurs à ceux des autres métiers rémunérateurs tels que pilote de ligne, expert comptable, administrateur d’entreprise, etc. Mais pour l’heure, ces gains restent largement virtuels, car les domaineurs sont réticents à vendre leurs noms de domaine.

D’une part, la nature particulière du marché, structurellement haussier, n’incite pas à vendre, sauf lorsque l’on reçoit une offre attractive ou que l’on connaît des difficultés de trésorerie. D’autre part, malgré les hausses régulières, les prix de marché des noms de domaine en français restent très largement inférieurs à leurs valeurs intrinsèques. En toute logique, celle-ci devrait correspondre au revenu marginal que pourraient en retirer les utilisateurs finaux, mais ces derniers n’ont pas encore intégré les noms de domaine génériques dans leur stratégie de développement sur internet. Il en résulte un marché pour l’heure essentiellement marqué par des transactions de faible valeur et de petits quantités entre domaineurs, mais qui, à n’en pas douter, prendra une autre dimension dès lors que les utilisateurs finaux y prendront part.