Faut-il s’intéresser aux noms de domaine accentués ?

Méconnus des internautes, quasiment jamais utilisés par les éditeurs de sites, les noms de domaine avec accents occupent une place insignifiante dans l’internet francophone.

Le constat est éloquent : selon les estimations de trafic d’Alexa, Quantcast et Compete, le premier site en français utilisant un domaine IDN (Internationalized Domain name) se situe vraisemblablement au-delà du millionième rang mondial. Comment expliquer cette faible pénétration des noms avec accents et ceux-ci présentent-ils un intérêt ?

Les difficiles débuts des IDN

Faisant partie du groupe des « noms de domaine internationalisés », en compagnie des noms de domaine écrits dans les alphabets non latins, les formes accentuées des noms de domaine ont été progressivement rendues disponibles dans les principales langues et extensions à partir de 2003. Les premières années furent marquées par une accumulation de problèmes tels que l’absence de compatibilité avec les navigateurs et les moteurs de recherche, l’impossibilité d’utiliser des emails, le désintérêt des principaux registrars et les inquiétudes relatives à la sécurité et à la stabilité du système.

Ces problèmes étant aujourd’hui résolus ou en passe de l’être, il est désormais possible de se poser la question fondamentale de l’intérêt des IDN. Cette interrogation n’a toutefois de sens que si l’on délimite sa portée, la problématique des IDN en chinois ou en arabe n’ayant que peu à voir avec celle de ceux en français.

L’absence actuelle d’intérêt dans le monde francophone

Dans les alphabets latins et plus particulièrement en français, les cas d’utilisation potentielle des IDN sont relativement rares. Parmi les cent sites les plus fréquentés en français, la plupart sont des sites en .fr et l’extension ne supporte pas encore les IDN.

Parmi les .com, sur les cinq principaux qui comportent un ou plusieurs mots normalement écrits en français avec des accents, seul Vente-privee.com propose une redirection de vente-privée.com vers son site. Auféminin.com, Commentçamarche.net et météofrance.com restent quand à eux détenus par des squatteurs, alors qu’il serait vraisemblablement aisé pour les ayant-droits d’obtenir le transfert de ces noms. Quand aux plus grandes entreprises françaises, on ne retrouve guère que L’Oréal ou la Société Générale qui soient concernées, encore que le système actuel des IDN prive le premier de son apostrophe et le second de l’espace entre les deux termes de son nom.

Une chose est certaine, à l’opposé de leurs homologues dans les langues asiatiques, sémitiques ou cyrilliques, les IDN ne sont pas susceptibles de produire une révolution dans le secteur des noms de domaine en français. Mais doit-on pour autant les ignorer, comme le fait L’Oréal, qui ne prend même pas la peine de rediriger loréal.com ?

Le prochain eldorado des domaineurs ?

Si l’on prend du recul, il n’y a aucune raison objective de traiter les noms de domaine accentués de manière distincte des noms de domaine classiques, dits « ASCII ».

Ils utilisent les mêmes extensions, sont gérés par les mêmes registres et ne comporteront dans un futur proche plus aucun problème de compatibilité avec les standards de l’internet.
Tout comme la langue française s’écrit avec des accents, les noms de domaine basés sur des mots en français avec accents devront être accentués. Certains domaineurs visionnaires telles que le célèbre Dabsi de Domainerie.eu n’ont pas attendu que les IDN rentrent dans les usages pour prendre des positions. D’autres, tout autant inspirés, se tiennent en embuscade pour investir le moment venu, afin de ne pas immobiliser des capitaux pendant de trop longues années.

Si les Français et d’une manière générale le monde francophone intègrent lentement les nouveautés technologiques, nos voisins allemands, plus réceptifs aux innovations de l’internet, sont déjà en train de montrer la voie de ce qui constituera peut être le prochain eldorado des domaineurs européens, et parallèlement, le cauchemar des propriétaires de sites web concernés par les IDN.

S’il est incontestable que les équipes de jeuxvideo.com ou developpez.com travaillent déjà pour les titulaires des IDN correspondants, l’arrivée des IDN dans la zone de nommage .fr risque de causer de très gros dommages à de nombreux sites de référence, et faire dans le même temps les beaux jours de ceux qui mettront le premier la main sur les actualités.fr, nouveautés.fr, télécharger.fr et autres télévision.fr dont la possibilité de relayer un jour leurs homologues ASCII au rang de simples erreurs de frappe n’est pas à exclure.

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