RINDD 2010 – Quels critères pour bien évaluer la valeur d’un nom de domaine ?

15 Mars 1985, date historique : le tout premier nom de domaine est enregistré : symbolics.com.

25 ans plus tard, se tient jour pour jour la seconde journée des Rencontres Internationales des Noms de domaines, séminaire organisée par Mailclub à la bourse de commerce de Paris et réunissant les principaux acteurs du marché des noms de domaines : conseils en propriété industriels, investisseurs en noms de domaines, porteurs de projets nouvelles extensions, entreprises, registres.

Au cœur du débat, le second marché des noms de domaine et leur monétisation.
Les investisseurs en noms de domaine, communément appelés « domaineurs » ont apporté leurs témoignages et retours d’expériences sur les différents paramètres de valorisation d’un nom. Cet actif incorporel, au même titre qu’une licence ou un brevet, détient en effet une véritable valeur marchande sur le marché.

Ainsi, le .com, leader incontesté du web avec près de 200 millions de noms de domaines enregistrés est aujourd’hui omniprésent dans le “world wide web”, et les noms de domaines génériques ou descriptifs associés se font de plus en plus rares. « La seule alternative possible est le recours au rachat d’un nom de domaine » explique Rémy Sahuc, auteur de blogodomaines.com, pendant l’atelier « domaining » de la manifestation. Cependant, au regard des tarifs pratiqués sur les places de marché, aussi disparates qu’inattendus avec un Toys.com vendu 5 millions de dollars, un « jouet .fr » vendu pour 13.000,00 € le 19 Mars 2009 et un jouet.asia en vente à 150 €, il devient particulièrement complexe pour les gestionnaires de porte-feuille d’évaluer à sa juste valeur un nom de domaine et de savoir si la somme demandée est justifiée et a priori cohérente, ou bien si celle-ci est complètement saugrenue et hors marché.

Alors dans ce contexte comment évaluer la valeur d’un nom de domaine ? Quels sont les outils et les méthodes ? Mathieu Samakh (agence de communication Tactique), David Chelly (investisseur en noms de domaines), Matthieu Aubert (responsable cellule récupération Mailclub) , ainsi que Anne-Laure Leobold (responsable place de marché français Sedo) ont échangé sur cette problématique avec les participants.

Quel prix pour quelle extension ?

« Le premier critère à prendre en compte est le classement de l’extension » souligne cette dernière. Le type d’extension, son ancienneté, la rareté de la disponibilité rehausse indubitablement la valeur d’un nom de domaine. Ainsi, par conséquent de par le volume de noms de domaine enregistrés, le .com aura nécessairement un coût supérieur à celui d’un .Fr, d’autant plus que cette extension offre un périmètre d’exploitation mondial. Comparons par exemple le montant des transactions pour leisure.com en anglais et sa traduction en français loisirs.fr : 150 000 USD pour le .com contre 15 000 € pour le .fr !

Le fait qu’un nom de domaine ait pu être optimisé au niveau référencement via un mini-site a aussi une incidence sur le prix de vente, comme on a pu le constater récemment avec la vente de credit.fr à près de 600 000 euros.

L’importance de la langue

Le deuxième critère est la langue. Un nom de domaine francophone associé à un .com aura moins de valeur qu’un nom anglophone. Voici quelques exemples de transactions 2009 sur des noms anglophones :

– mysports.com : 60 000 USD
– items.com : 50 000 USD
– Cityhotels.com : 40000 USD
– Find.net : 25 000 USD

Les noms francophones suivants ont été en revanche revendus aux tarifs ci-dessous indiqués:

– auditoire.com : 5000 USD
– croisieres.net : 2 500 €
– vente-immobilier.com : 2490 €

Le degré de disponibilité des domaines

Le troisième critère à considérer est la disponibilité du nom de domaine choisi dans les autres TLDs majeurs : Fr, NET, ORG, EU. Si ces extensions sont déjà prises par des tiers, ce sera alors un indice supplémentaire dans la prise en compte de la rareté.

La longueur du nom de domaine

Autre élément important souligné pendant le débat, la longueur du nom de domaine :

La préférence va aux noms de domaines courts, facilitant le “typing”, plus facilement mémorisables, plus accrocheurs en termes marketing. De plus, un nom de domaine ayant une combinaison plus longue sera davantage susceptible d’être typosquatté (inversion et/ou ajout de caractères dans le terme, pouvant prêter à confusion).

Enfin, d’autres critères plus techniques de référencement que nous ne détaillerons pas ici sont bien évidemment à prendre en compte :

– Côte auprès des moteurs de recherche :
– Quel est le volume de recherche du mot?
– CPC (Cost per Clic) : Quel est le CPC moyen?
– Concurrence entre annonceurs : Quel est le degré de concurrence pour le mot-clé ?

En conclusion des débats, tous s’accordent à dire que le recours à l’utilisation d’outils en ligne d’évaluation de noms de domaine peut s’avérer utile pour une première estimation du terme convoité, ce type d’évaluateur automatique étant d’ailleurs proposé par Sedo. Cependant, il ne faut pas sous-estimer la part de subjectif dans la définition du prix, car l’acquisition d’un nom de domaine répond très souvent à une notion d’«envie».

Pour illustrer les débats, Cédric Manara, l’animateur de ces journées, propose le jeu suivant à l’attention de l’assemblée : “à combien estimeriez-vous l’hypothétique re-vente de symbolics.com ?”

Les réponses les plus divers et variées fusent : 500 USD, 100 000 USD, 300 000 usd, et même 4 millions de dollars !

Certains domaineurs mettent en exergue la valeur historique de ce nom de domaine pour expliquer leur choix d’attribuer une somme vertigineuse, et parallèlement, la vanité d’un potentiel acquéreur d’être détenteur d’une part d’Histoire. D’autres, privilégient l’aspect pragmatique : quelles retombées commerciales pour l’acquisition d’un tel nom, pour le moins abstrait ?

Spéculations, interrogations, effervescence …

Rendez-vous dans 25 ans pour la réponse..?