Nouvelles extensions… Vers un .PSCHITT ?

Depuis plus de 2 ans, tout le monde en parle, nous y compris. Depuis plus de 2 ans les professionnels des noms de domaine attendent cette manne financière avec des yeux pleins de dollars. Mais depuis plus de 2 ans, ils sont objectivement les seuls à en rêver. On va encore me dire que je crache dans la soupe, qu’en tant que responsable d’un bureau d’enregistrement, je devrais me concentrer sur mon business au lieu de mettre le doute dans la tête des bonnes gens. Mais je suis aussi un observateur de ce secteur, un internaute et un détenteur de marques… qui depuis plus de 2 ans ne peut s’empêcher de constater que les internautes surfent en .com ou dans leurs ccTLDs locaux, et que les entreprises ne voient toujours pas l’utilité d’utiliser leurs .JOBS, leurs .TEL ou leurs .ASIA…

Bref, et si tout cela se soldait finalement par un gros pschitt…

L’Icann nous annonce que le système est capable d’encaisser plus de 1000 nouvelles extensions, alors que les pères du protocole TCP/IP et du système DNS ne semblent pas poser de limite. Fort bien, mais plus de 2 ans après l’annonce de la libéralisation des nouvelles extensions, et alors que le Guide du Candidat en est, enfin, à sa version quasi définitive, je suis surpris de constater qu’on arrive péniblement à 70 projet de nouvelles extensions. Où sont les centaines promises? Volontairement confidentielles? Peur-être. Ou pas.

Qu’on ne s’y trompe pas, l’intérêt de les garder confidentielles est réel : il permet d’éviter de créer du buzz autour d’une potentielle bonne idée, qui éveilleraient l’imagination d’autres candidats et ferait monter les enchères. Au sens propre car en cas de demandes multiples sur une même extension, l’Icann en soumettrait l’attribution à un processus d’enchères.

A contrario, quel intérêt réel y-a-t-il à rendre public sont projet? Ceux qui le sont l’ont été à un moment où l’on attendait un lancement bien plus rapide, dès 2009. Tous les retards pris par l’Icann ont mis à mal les business plans les plus affutés. On constate que depuis quelques mois, les annonces de nouveaux projets se font rarissimes. Les .ECO, .GREEN, .PARIS, .BERLIN datent des premiers mois suivants le congrès de Paris de l’Icann.

On assiste aujourd’hui à un phénomène d’hibernation des projets, et bien malin est celui qui peut deviner combien sortirons effectivement de leurs tanières au printemps prochain.

Un petit jeu pragmatique peut nous permettre de passer l’hiver : partez du principe que les nouvelles extensions vont concerner des termes génériques (le sport, la santé, l’art, le cinéma, …), la géographie (les villes, les région, …) ou les identités, et notez tout ce qui vous passe par la tête. Vous n’aurez aucune peine à trouver les 20 ou 30 premiers projets évidents, ce sera encore assez simple d’arriver à 50, mais pour arriver à 100 vous allez commencer à peiner. Le premier qui m’envoie un mail avec 200 projets sérieux (le .TRIFOUILLILESOIES n’est pas accepté!) gagne un nom de domaine pour 10 ans au Mailclub !

Il ne faut pas croire que le business plan d’une nouvelle extension soit une martingale. Les coûts de lancement et de fonctionnement sont importants, mais ils ne sont rien à côté des coûts de promotion. Demandez aux responsables du .TEL la date à laquelle ils pensent rentrer dans leurs frais, eux qui annoncent avoir dépensé des dizaines de millions d’euros dans l’affaire.

Et si, finalement, il y avait bien des centaines de nouvelles extensions, mais que la grande majorité soit au final des CorpTLDs. Après tout, il est assez simple de trouver 100 ou 200 grandes entreprises mondiales avec des marques assez fortes pour trouver l’utilité de les remonter au niveau du .COM. Je commence : .IBM, .FACEBOOK, .CHANEL, . EBAY, . TOYOTA, .CANON, .NOKIA, ….. A vous de jouer, mais ceux qui arriveront à 200 ne gagneront pas un domaine pour 5 ans au Mailclub. Non, c’est vraiment trop facile.

Ce serait une ironie de l’histoire, pour un projet qui, au départ, n’avait absolument pas été imaginé pour créer des extensions d’entreprises…