IDN ou pas? La question ne se pose même pas

Alors que l’événement majeur pour ce début d’année devait être la libéralisation de la création de nouvelles extensions (.sport, .berlin, ….), le retard pris par ce projet, semble-t-il très mal préparé du côté de l’Icann, a laissé la place libre à une évolution majeure dont le rythme s’accélère : les noms de domaine utilisant les caractères non-latin, et/ou les accents.

Ce pas majeur vers un internet mondial mais proche des peuples est bien plus important et fondamental que la créations de dizaines d’extensions dont l’intérêt m’apparaît comme plus que limité. Dans mon esprit le niveau de l’importance d’une nouveauté tient en un élément essentiel : son appropriation par les internautes. Et là, pas de doute : avoir des adresses de sites collant à sa langue est une évolution majeure que l’on a peut-être du mal à bien appréhender dans nos pays occidentaux.

Les anglophones ont un internet parfaitement en ligne avec leur langue, sans accent. Un cran plus loin viennent les espagnols, les allemands ou encore les français, pour qui écrire societegenerale.fr sans accent reste parfaitement gérable. Mais que dire des chinois, des russes ou des somaliens, qui se voient obligés d’utiliser des alphabets qui ne sont pas les leurs ? Que penserions-nous si l’internet était né en idéogrammes ? Nous serions sans doutes restés fidèles au Minitel…

Décidément, la question ne se pose pas. Demain l’internet sera avec des accents, et le site de la Société Générale sera pour nos enfants sans aucun doute sociétégénérale.fr.

Ils s’étonneront même qu’il eu pu en être autrement… à l’âge de pierre des noms de domaine. Souvenons-nous des emails il y a dix ans, lorsque nous hésitions encore à les écrire avec des accents, incertains que le serveur de mails et le logiciel du destinataire les prennent en compte. Qui se soucie encore aujourd’hui d’éviter d’écrire avec des accents ?

Depuis quelques mois, les registres s’y sont mis les uns après les autres, les derniers date étant ceux du .eu et du .lu. Cette tendance va certainement s’affirmer, et l’on peut se demander pourquoi la France brille une fois de plus par son retard. Lente à faire évoluer sa charte, lente à implémenter les IDNs, alors que l’Afnic regorge de ressources techniques de hautes compétences, elle peine à se situer dans le peloton de tête des pays innovants, alors que certains pays en sont à créer des extensions dans leurs langues pour avoir des noms de domaine 100% locaux.

On pourra répondre que l’universalité de l’internet est liée à l’utilisation d’un alphabet unique. C’est pour moi un argument d’arrière garde, une défense passéiste de pays qui ont envie de conserver une main mise sur le nommage. Oui l’internet est universel et global, et justement le nommage doit permettre à tout le monde de l’utiliser avec la même facilité.

La question de se demander s’il faut, pour une entreprise mondiale, déposer ou pas ses domaines avec des accents et dans des alphabets différents fera sourire d’ici 5 ans, et celles qui ont raté le coche aujourd’hui en apportant une réponse sans vision prospective à cette question en seront pour leurs frais. Bien plus que si elles n’ont pas déposé leur .SPORT alors qu’elles produisent de l’acier pour l’automobile.