36 millions de dollars investis dans le .TEL (2/2)

Suite de notre entretien avec Fabien Chalandon, co-fondateur et Vice-président de Telnic, le registre des noms de domaine en .TEL. Il revient cette fois-ci sur les premiers chiffres d’enregistrements et les objectifs très ambitions d’utilisation du .TEL.

MailClub.info : Pouvez-vous nous communiquer les premiers chiffres autour des enregistrements de noms de domaine en .TEL ?

Fabien Chalandon : Concernant la « sunrise period », toutes les applications des entreprises titulaires de marques sont validées manuellement par un contractant qui est Deloitte. Je n’ai pas encore les chiffres précis validés, mais je peux vous dire que nous avons eu très vite plus de 10 000 applications dans le monde, dont de très grandes sociétés.

Quand je regarde la répartition géographique, ces applications viennent de plus de 85 pays y compris l’Afghanistan. La répartition sectorielle démontre que tous les secteurs marchand et non marchand sont représentés.
Dans les secteurs marchands, tous les grands journaux européens et américains ont pris leurs .TEL comme Le Figaro, La Tribune, Le Financial Times… Dans le secteur de l’automobile, on retrouve Renault, Toyota, Mercedes ou BMW…

Parmi le secteur non marchand, il y a des choses étonnantes comme la religion. L’ « opus dei » a pris son .TEL. Même chose pour l’église de scientologie américaine. On retrouve aussi la police de New York ou la sécurité sociale américaine. Vous voyez qu’il y a un intérêt mondial extrêmement varié, venant de secteurs très différents.

MailClub.info : Comment s’est déroulée la phase « landrush », lancée en le 3 février 2009 ?

Fabien Chalandon : Pour l’instant je n’ai pas encore les chiffres précis. C’est très nettement supérieur aux chiffres de la « sunrise » sans atteindre les 100 000 enregistrements. Il y a des applications qui n’ont pas été validées en « sunrise » et qui se sont transférées en « landrush ».

Le .TEL est au tout début de son aventure

MailClub.info : Le 24 mars 2009, l’ouverture à tous du .TEL aura lieu à des tarifs nettement plus abordables. Avez-vous des objectifs chiffrés pour ce lancement ?

Fabien Chalandon : Nous ne sommes pas là pour faire des chiffres. Nous ne sommes pas dans la même catégorie que les autres extensions. Nous lançons un service nouveau. Jusqu’au vendredi 8 mars, nous n’avions pas de produits à montrer. Il va falloir du temps pour que le consommateur le perçoive.
Nous allons intéresser très vite l’ensemble des intervenants marchand et non marchands qui n’ont pas de page web parce qu’ils peuvent, avec cet outil, s’afficher « online » sans aucune compétence informatique.

MailClub.info : Avez-vous des cibles particulières ?

Fabien Chalandon : Cela concerne les TPE, les professions libérales ou le monde associatif qui est uniquement enregistré auprès du ministère de l’intérieur. Nous visons aussi les grandes entreprises qui ont un site web car le .TEL est un outil utile très complémentaire d’une page web. Particuliers, professionnels ou administrations, tous ont vocation à avoir leurs .TEL.

Des partenariats possibles avec les pages jaunes

MailClub.info : Pour assurer la pérennité du .TEL et lui construire un avenir, allez-vous développer des relais de croissance ?

Fabien Chalandon : Nous ne faisons que commencer. Comme il s’agit d’un service de télécom, nous allons intéresser un ensemble de communautés qui ont des clients. Par exemple, Skype est intéressée par le .TEL, mais aussi les pages jaunes. Elles sont potentiellement des revendeurs partenaires du .TEL. Il y a eu des expressions d’intérêt en Europe.
Les pages jaunes ont une grande force : leur réseau local. Leur grande faiblesse, c’est la gestion de leur base de données. Base de données qui est d’ailleurs dans un univers très fragmenté, surtout d’un pays à l’autre. L’objectif est de basculer leur base vers .TEL. A ce moment là, c’est l’utilisateur du .TEL qui va directement modifier ses données.

MailClub.info : Quels sont vos objectifs en terme de croissance ?

Fabien Chalandon : Il est très difficile d’avoir des objectifs précis.
Nous avons plusieurs marchés. Un qui existe déjà, celui des sociétés, qui correspond à peu près à l’ensemble du marché des noms de domaine, soit 170 millions, ce qui reflète une population de 40 à 50 millions d’entreprises dans le monde. Il y a également le marché des particuliers. Et puis, il y a tout ceux qui ne peuvent, ne souhaitent pas, ne veulent pas avoir de site web. Ce marché, je ne peux pas l’évaluer aujourd’hui.
Tout cela pour vous dire que je suis incapable aujourd’hui de vous annoncer si d’ici un an il y aura 500 000 ou 2 millions d’utilisateurs du .TEL.

Progressivement, on s’aperçoit qu’il y a une multitude d’applications. En tant que registre, la grande difficulté et de faire passer un message synthétique mondial et c’est ensuite aux « registrars » comme le MailClub en France de relayer. Ils peuvent conseiller leurs clients dans le choix de l’arborescence de points de contact qu’ils doivent mettre sur internet.
Malheureusement, beaucoup de bureaux d’enregistrement n’ont pas de culture télécom. Il faut progressivement leur ouvrir l’esprit en dehors de leur métier de base pour optimiser l’utilisation du .TEL et savoir le vendre à leurs clients.

Neuf ans de développement

MailClub.info : Le projet autour d’un .TEL date de plusieurs années déjà. Quel investissement financier cela représente t-il ?

Fabien Chalandon : Depuis 2000, nous avons investi à peu près 36 millions de dollars. Parmi les actionnaires, nous avons essentiellement des personnes physiques fortunées et suffisamment impliquées pour nous soutenir depuis longtemps. Nous avons entamé les premières discussions avec l’Icann en janvier 2000. Notre projet a connu neuf ans de développement !
Nous sommes passés par plusieurs processus avec la demande d’une seconde application auprès de l’Icann en 2004. Puis en mai 2006, notre demande a été approuvée à l’unanimité par l’Icann.

Nous avons également du mettre en place l’infrastructure DNS gérée par Neustar. Nous avons beaucoup travaillé sur la page de contact qui a été conçue à partir d’une page blanche où il a fallu exprimer les données qui sont dans le DNS. Nous avons d’ailleurs eu un long débat marketing. Est-ce que cette page doit avoir l’apparence d’une page web ou non ? Nous avons finalement opté pour un visuel type page web afin que le consommateur ne soit pas trop dépaysé. Même si ce n’est pas une page web ! Tout cela a donc pris du temps.


MailClub.info
: Les sommes mobilisées sont conséquentes. Votre projet semble très ambitieux.

Fabien Chalandon : Nous proposons un nouveau service révolutionnaire. Nous pouvons devenir le seul annuaire centralisé, pages blanches, pages jaunes, online, qui est autogéré par les clients, en temps réel. Nous pouvons devenir le standard des télécoms mondial. Nous avons le positionnement, l’outil technique et la volonté d’y arriver. Et puis nous avons le temps.

.TEL, un service, pas une extension

MailClub.info : Pour être clair avec nos lecteurs, le .TEL n’est donc pas une extension mais un nouveau service.

Fabien Chalandon : Tout à fait. Rendez-vous compte que nous donnons aux particuliers une identité, une carte de visite online personnelle tout ceci sans avoir à gérer une page web. Tout cela pour quelques euros par an suivant les registrars.
Pour l’entreprise, c’est un nouveau moyen de router de manière efficace et instantanée ses clients et ses fournisseurs et d’avoir ensuite une présente sur nos pages blanches / jaunes à échelle mondiale à une fraction du coût des pages jaunes.
Pour les PME qui exportent mondialement, elles ont avec le .TEL une présence internationale qui va leur permettre d’acquérir de nouveaux clients à moindre coût. C’est un instrument marketing de communication important pour les entreprises.

MailClub.info : Pensez-vous offrir la possibilité de reprendre votre technologie du .TEL pour d’autres projets de nouvelles extensions ?

Fabien Chalandon : Nous pouvons imaginer de rendre accessible le dossier médical via le DNS. Nous maitrisons très bien les éléments juridiques liés à la protection de données privées. J’ai vu beaucoup de projets similaire au .HEALTH aux États-Unis, où vous pouvez mettre tout votre dossier médical dans un site web personnalisé. En revanche, mettre sur le DNS, les quelques informations clés et le renvoi vers des sites web pour d’autres information est totalement innovant.
Notre grande contribution à « l’humanité » est d’avoir eu l’idée d’utiliser le DNS pour autre chose que l’adresse IP. C’est la grande différence entre la page web et nous.