2009 sans cybersquatting furtif

La nouvelle année débute avec son lot de bonnes résolutions. En premier lieu, l’Icann vient d’adopter son plan anti « domain tasting », cybersquattage furtif en français. Explications.

Depuis plusieurs années, les gestionnaires de noms de domaine subissent le phénomène du « domain tasting ». Ils étaient nombreux à me contacter pour comprendre ce mystère. Dans leur rapport de surveillance de nouveaux noms déposés contenant leurs marques, ils constataient des enregistrements potentiellement frauduleux… qui disparaissent au bout de quelques jours.

Je leur expliquais que ce phénomène est possible. Un processus existe, par lequel les déposants obtiennent un nom de domaine et suivent le trafic naturel généré par ce nom de domaine durant une période de grâce de cinq jours. Si le nom de domaine attire un nombre insuffisant de visiteurs pour rendre le site rentable, le déposant l’abandonne dans les cinq jours suivant son dépôt pour obtenir un remboursement des droits d’inscription de 20 cents. Et le tour est joué.

Des sociétés se sont engouffrées dans cette brèche, testant chaque jour des millions de noms de domaine.
L’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) s’est inquiétée de l’ampleur du détournement tout en déplorant le manque de solutions légales pour résoudre le problème.

Une résolution faite pour durer ?

Heureusement, l’Icann a déposé sous le sapin un plan anti tasting qu’elle mijotait depuis plusieurs mois. Ouf.
Désormais, les bureaux d’enregistrements accrédités par l’Icann (« registrars ») ne pourront pas demander un remboursement supplémentaire à 50 noms ou 10 % des nouveaux domaines déposés dans le mois durant la période de grâce. Cette résolution couvre l’ensemble des extensions génériques : .COM, .NET, .ORG, .INFO, .BIZ… Il est vrai qu’à part la Pologne et ses .PL, peu d’extensions pays ont osé autoriser le « tasting ».

Alors 2009 sans « domain tasting » ? Oui, d’après certains experts qui interprètent le ralentissement des dépôts en extensions génériques à la décision de l’Icann. Pas du tout d’après le « Coalition Against Domain Name Abuse » (CADNA) qui dès l’été 2008, a fait ses calculs.

Avant l’application de l’ICANN, un nom devait démontrer qu’il pouvait engendrer 8,5 clics/année (0,02 clic/jour). Avec les nouveaux frais de l’ICANN, un nom doit engendrer 12,3 clics/année (0,03 clic/jour) au cours de la première année pour être rentable. Un objectif pas très élevé.
Les bonnes résolutions ne durent pas toujours…