La Chine dresse sa muraille

En l’espace d’un mois, la politique d’enregistrement de noms de domaine chinois est passée d’un libéralisme effréné à une fermeture quasi complète. Découvrez comment le .CN, première extension pays au monde (13 millions de domaines) a signé la plus importante volte-face de l’histoire des noms de domaine.

Confucius doit se retourner dans sa tombe. Lui qui rabâchait « Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu » n’a pas dû convaincre le registre chinois CNNIC (China Internet Network Information Center).

Une course folle avant un surprenant STOP

Depuis 2007, le .CN a connu une croissance folle. Suite à une opération de quasi gratuité pour les noms de domaine enregistrés par les ressortissants locaux, le .CN a multiplié par treize son volume de dépôts. Ses conditions d’enregistrements ouvertes à tous, sans aucun contrôle sont alors identiques à celle du célèbre .COM.
Demi-tour toute le 14 décembre 2009 où le registre annonce que les personnes physiques ne sont désormais plus éligibles à l’enregistrement de noms de domaine chinois.
Marche-arrière forcée le 6 janvier 2010 où l’on apprend l’exclusion temporaire des bureaux d’enregistrement étrangers ce qui entraîne de facto la fermeture du .CN aux personnes morales étrangères. On est loin du « juste milieu » cher à Confucius.

Concrètement, seule une personne morale chinoise peut déposer aujourd’hui un .CN. Pour cela, il doit envoyer à son bureau d’enregistrement chinois une demande authentique (soit un original signé et tamponné) accompagnée d’une copie du Kbis ainsi que la photocopie de la carte d’identité du contact. Une fois le dossier reçu par le « registrar », ce dernier devra envoyer au registre par e-mail ou fax ces documents, dans les cinq jours. Dans le cas contraire, le nom de domaine sera supprimé.
De là à parler de chinoiserie…

« Méfiez-vous de celui qui veut rétablir l’ordre » (Denis Diderot)

La Chine veut faire le ménage dans son extension. NameRich.cn, un des principaux bureaux d’enregistrements locaux, a vu son accréditation suspendue unilatéralement parce qu’il avait en gestion des .CN potentiellement litigieux. XinNet et UNNDC ont été également privés de leurs licences de « registrars ».
Par ailleurs, 699 domaines pornographiques ont été supprimés. Un formulaire de dénonciation est même disponible en ligne pour signaler tout contenu jugé vulgaire.

Les sociétés étrangères ayant déposé un .CN avant ses nouvelles règles sont pour l’instant protégées. Elles peuvent continuer à utiliser leurs noms de domaine. Pour celles qui souhaitaient enregistrer un .CN, la porte s’est fermée lourdement.

Si l’on voit le bon coté des choses, le chantage à l’enregistrement (« slamming ») autour des noms de domaine chinois devrait fondre à vue d’œil. Le second marché va également sûrement chuter. Il sera beaucoup plus compliqué pour les sociétés étrangères de racheter un nom de domaine chinois. Bref, l’industrie locale des noms de domaine va courber l’échine.