logo SEDO

Sedo s’explique

François Josse, responsable de Sedo France, fait le point sur le marché de la revente de noms de domaine, le système de parking, les affaires de typosquatting, le futur du .eu. Découvrez son interview.

MailClub : « Bonjour Monsieur Josse, pouvez-vous nous présenter la société Sedo ?

François Josse : Sedo est une entreprise globale. Nous sommes présents sur tous les marchés mondiaux, en tout cas c’est notre volonté. L’idée originale des co-fondateurs de Sedo est la découverte de l’existence d’un marché d’occasion des noms de domaine. Sedo a été créé en 1999. A la base, il s’agissait d’un projet étudiant porté par 3 allemands. En 2001, Sedo devient réellement une entreprise, grâce à l’investissement de « United Internet », société allemande qui détient la plupart des hébergeurs allemands.

Comment fonctionne Sedo ?

Le principe de Sedo est une plateforme d’achat et de vente de noms de domaine. Nous allons réunir le propriétaire du nom de domaine et la personne qui va être intéressée pour acheter un nom de domaine. Nous sommes intermédiaire. Nous fonctionnons sur le même principe qu’Ebay, en étant spécialisé sur les noms de domaine.

1000 opérations par mois

Avez-vous quelques chiffres sur votre activité ?

Au niveau mondial, nous avons 430 000 membres, avec 2 000 000 de noms de domaine à vendre sur notre plateforme. Nous réalisons autour de 1 000 transactions par mois.

Et au niveau français ?

Nous effectuons 30 à 40 opérations mensuelles.

Avez-vous une moyenne sur le prix des rachats ?

C’est très variable. Sur le marché français, c’est autour de 1000, 1500 €. Sur le marché américain, c’est plus élevé. Le gros des transactions se fait en Allemagne avec le .de. C’est un marché mature avec 9 000 000 .de. Tous les noms de domaine de qualité sont déjà enregistrés, ce qui encourage les transactions.

Quel est votre record de rachat pour 2005 ?

Il s’agit du nom de domaine website.com au prix de 750.000$US. Au niveau français, nous avons vendu très récemment le nom de domaine annonces.com pour 55 000 €. C’est pour l’instant la plus grosse vente francophone que nous avons réalisée sur Sedo.

Gagner de l’argent avec vos domaines inutilisés

Comment fonctionne le Sedo Parking, dont le slogan est « Gagner de l’argent avec vos domaines inutilisés » ?

Pour tout nom de domaine qui n’est pas utilisé, il peut être redirigé sur une page où figure des liens publicitaires rémunérés. Ce système permet à toute personne qui enregistre des noms de domaine sans les utiliser, de rémunérer son enregistrement, de le rentabiliser, voir même de gagner un peu d’argent.

Et cette rémunération se fait sur une base de…

Tout dépend du mot clé. Casino va rapporter par clic environ 70 centimes d’euro. Un mot clé plus quelconque générera 5 centimes par clic.

Cette activité est importante pour vous ?

Au niveau du chiffre d’affaire, c’est l’activité principale de Sedo. Nous sommes la première entreprise au monde au niveau des noms de domaine parkés. Sedo a ouvert, il y a maintenant 1 an et demi, une filiale à Boston, pour se concentrer sur ce marché nord-américain qui est extrêmement concurrentiel. Il est totalement différent du marché Européen, où nous n’avons aucune concurrence. Au niveau français, nous sommes les seuls.

Sur ce marché de la revente trusté par le .com, est-ce que du fait de l’ouverture du .fr, il y a eu des transactions ?

Oui, bien sûr. Au niveau francophone, nous réalisons un quart des ventes sur le .fr. Avant l’ouverture, il était interdit de vendre des noms de domaine en .fr . Cet été, il y a eu quelques ventes intéressantes à 10 000 €.

Nous blacklistons les noms de domaine litigieux

Ce marché de la revente se concentre sur des termes génériques ou avons-nous encore des marques notoires qui se rachètent ?

A ma connaissance, nous n’avons jamais eu de marques revendues sur Sedo ! C’est quelque chose que nous ne connaissons absolument pas. Qui irait racheter une marque… Seul un accord à l’amiable à 500 € par mois peut arriver parfois. Effectuer un rachat d’un nom de domaine plutôt qu’entamer une procédure juridique plus longue et plus coûteuse, cela peut arriver, mais c’est extrêmement rare.

Le .fr connaît de nombreux cas de noms de domaine litigieux qu’a révélé MailClub.info, comme KLTE Limited ou Safenames.

Klte Limited n’est pas client chez nous, je peux vous le garantir ! Ces noms de domaine redirigeaient vers un de nos concurrent qui vient de se lancer sur le marché français.
Safenames était lui client chez nous. Nous avons immédiatement « blacklisté » ses noms de domaine
.

Comment blaclistez-vous ces noms de domaine ?

Nous réagissons immédiatement à toutes plaintes. Si c’est par l’intermédiaire d’un conseil, nous fournissons les coordonnées du propriétaire.

Vous êtes conscient que vous connaissez un déficit d’image de marque au niveau français, lorsque l’on constate que des noms de domaine litigieux sont en parking chez vous. Comment essayez vous de lutter contre ces attaques ?

Ces attaques ? Il ne faut pas exagérer non plus, nous ne sommes pas des criminels, je ne pense pas en tout cas. Je vais répondre très simplement : il y a un marché des noms de domaine secondaire qui existe. On peut éventuellement nous détester, mais je ne pense pas que beaucoup de personne nous déteste. Le concept marche très bien aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en France. Je pense savoir pourquoi nous avons quelques difficultés, mais ça ne nous arrêtera pas !

Avec les futurs noms de domaine en .eu, attentez-vous à un regain des ventes ?

Il y en aura sûrement sur les très bons génériques comme voitures.eu, sex.eu… Pour le reste, je n’y crois pas vraiment. Qui s’identifie comme réellement européen ? Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de cybersquatting, car les gens ne vont pas avoir le réflexe de taper un nom de domaine en .eu .
Par contre, le .es espagnol qui se libéralise, va lui, très bien marcher
.

Comment le marché allemand voit l’arrivée du .eu ?

Quel allemand n’a pas un nom de domaine enregistré ? Ce n’est pas du tout la même mentalité qu’en France… Il y a 9 000 000 de noms de domaine enregistrés. Ils ont beaucoup plus le réflexe du nom de domaine. Une entreprise comme Sedo a une certaine notoriété en Allemagne alors qu’en France nous ne sommes pas rentrer dans les mœurs. Les gens ne nous connaissent pas. En Allemagne, quelqu’un va avoir une idée et va immédiatement enregistrer le nom de domaine. C’est systématique. Il est donc évident qu’il y aura plus de .eu enregistré en Allemagne qu’en France. Les Allemands sont beaucoup plus rapide. Ils connaissent le marché. Sur ce point, on peut comparer les Allemands sur les Américains.

Propos recueillis par Jean-François Poussard