Quel avenir pour les extensions « markétées » ?

Suite et fin de notre panorama des extensions territoriales à vocation marketing. Commençons par les le .ag, .ec, et .vc que l’on peut classer dans une rubrique business.

Des extensions business

Antigua et Barbuda (Caraïbes) a comme extension le .ag. Si l’intérêt de ces deux lettres n’est pas flagrant pour un francophone, il l’est beaucoup plus pour les germanophones. Cette extension est l’acronyme de « Aktien Gesellschaft », qui signifie l’équivalent de nos sociétés anonymes. Le nic AG assume totalement l’ambivalence de son extension. Sur sa page d’accueil, il précise la signification « société anonyme » pour les allemands, autrichiens et suisses. Elle note que le .ag est également utilisé pour représenter les entreprises et organisations oeuvrant dans l’agriculture. Elle informe aussi que AG est le symbole chimique de l’argent !
Depuis le 10 décembre 2003, l’extension de l’Equateur (Ecuador en Espagnol) est ouverte à tous. Certains voudraient donner au .ec la connotation Ecommerce. Attention, le .ec n’est pas à assimiler avec la signification European Community ! L’Union Européenne disposera bientôt d’une extension officielle qui sera le .eu.
Aux Caraïbes, Saint Vincent et Grenadines voient dans leur extension nationale .vc, le reflet de « Venture Capitalists ». Un vrai bonheur pour les spécialistes du capital risque.

Des secteurs d’activités avec leurs propres extensions

Au Surinam, on a décidé de choyer les seniors avec le .sr. Le registrar joue sur le fait que SR convient aussi au terme Senior dans les pays parlant l’anglais, mais aussi « Señores en espagnol, Signori en Italien et Senhores en portugais » ! Une démarche marketing importante avec également une liste des derniers enregistrements, parmi lesquels on annonce les prestigieux ibm.sr, microsoft.sr, dell.sr www.dell.sr , nokia.sr, amazon.sr, toyota.sr, bmw.sr, rollsroyce.sr, audi.sr, michelin.sr, ikea.sr, rolex.sr, ou shell.sr !
En Europe, la république de Moldavie connaît un certain succès pour son .md. Cette extension a été rachetée par la société privée MaxMD qui commercialise ces deux lettres dans plus de 90 pays. Elle consacre le .md comme l’extension dédiée aux professionnels de la santé. Sa cible est clairement la communauté médicale internationale.
Connaissez vous les Iles Heard et Mc Donald ? Non ? Pourtant ce territoire est un peu chez vous, chez nous. Là bas, vous êtres « at home ». En 2000, le registre a lancé l’extension .hm comme symbole de la maison (home en anglais).

Los Angeles, la première ville avec son extension

En Asie, le Laos a obtenu la gestion du .la. Mais l’entité qui commercialise l’extension en a fait la carte d’identité des habitants de Los Angeles. Son discours est clair : « Los Angeles est la première et la seule ville qui ai sa propre extension internet ; l’adresse en .la ne permet pas aux internautes de savoir qui vous êtes mais ou vous résidez ! ». Ce .la pourrait désormais être utilisé comme symbole de l’état américain de la Louisiane ainsi que pour toute l’Amérique Latine (Latin America).

Quel avenir pour ces extensions « markétées » ?

Est-ce que ce phénomène va continuer ? Va-t-on voir de nouvelles extensions locales déclinées en extensions génériques ? On peut encore relever quelques extensions à potentiel. Laissons nous aller à quelques spéculations. Le .bb des Barbade ne pourrait-il pas servir pour les entreprises travaillant dans le secteur des bébés (babys en anglais).
Le .bd du Bangladesh serait destiné aux bandes dessinées. On suivrait les aventures d’Astérix et compagnies sur asterix.bd ! Le .cd de la République Démocratique du Congo viendrait s’ajouter au .mu ou .dj pour les professionnels de la musique comme Compact Disc. Les rappeurs, dit Maître de Cérémonie (MC) communiqueront sur le .mc monégasque.
Les Jeux Olympiques de Paris 2012 auraient comme site officiel www.paris2012.jo, grâce à l’extension jordanienne. Le .sa de l’Arabie Saoudite sera la référence pour les sociétés anonymes françaises
A l’heure actuelle, l’Icann réfléchit pour créer l’extension .xxx à destination des sites pour adultes. On s’étonne que des sociétés n’aient pas contacté des pays comme San Marin (.sm), ou le Burundi (.bi) pour gérer ces noms.
Si l’on s’aventure encore plus loin, on peut imaginer des sociétés s’approprier directement une extension nationale. LU, la marque mondiale des biscuits et produits céréaliers de Danone présenterait alors ses produits sur l’extension luxembourgeoise.

Mais trêve de suppositions, l’étude sur ces ccTLDs « markétées » fait état d’un phénomène. Plus de 7 % des extensions nationales sont détournés vers des vocations génériques. Dans certains cas (.tv, .fm, .tm…), ce sont de véritables outils de communication performants. L’Icann n’aurait pas pu créer une extension générique aussi appropriée pour les télévisions que le .tv !
D’autres sont tous simplement des échecs commerciaux du fait d’une utilisation oiseuse. La question de la pérennité se pose également. Le .mu connaît des déboires, le .la également. Ces extensions « marketées » sont parfois récupérées par leurs gouvernements.
Au-delà des réjouissances communicatives et marketing qu’elles apportent, ces extensions soulèvent aussi la problématique de la protection des marques notoires. Ces extensions détournées, parfois de manière cocasses, sont une réalité. Même si elles font parfois sourire, il est nécessaire de prévenir les internautes qui ont de quoi se perdre dans cette myriade de significations.