Ovidio s’accapare les .eu débloqués

Depuis le 7 juin, l’Eurid débloque chaque semaine des noms de domaine en .eu dont les dossiers « sunrise » ont été rejetés ou expirés. Dans cette loterie hebdomadaire, la société chypriote Ovidio Limited s’accapare un très grand nombre de .eu. De nombreux prestataires expliquent ce score insolent par des pratiques douteuses.

85 000 .eu pour Chypre !

Lors de l’ouverture du .eu à tous, le 7 avril 2006, de nombreux spécialistes des noms de domaine se sont étonnés du nombre de noms de domaine déposés par Chypre. 85 000 .eu, c’est exceptionnel pour un pays qui ne compte que 6 200 .cy, soit le … 24ième rang européen.

Les ressortissants chypriotes se sont-ils pris d’un fol amour pour l’extension européenne ? A priori, non.

Ces chiffres impressionnants sont à mettre en parallèle avec l’accréditation de 400 « registrars » américains, quelques jours avant l’ouverture du .eu à tous. Ces sociétés seraient rattachées au même groupe : même siège social, numéros de téléphone…

Si vous constatez que les noms d’Ovidio ont été enregistrés par ces prestataires, vous comprendrez mieux le lien qui unit ces différentes entités.

Bob Parsons, le PDG de Go Daddy, un important « registrar », avait stigmatisé les pratiques de ces prestataires fantômes, qui disposaient d’une force de frappe 400 fois plus forte qu’un simple prestataire dans l’obtention des .eu génériques. Parmi l’ensemble de ces noms, Ovidio a conquis également de nombreux noms correspondant à des marques françaises dont les titulaires n’avaient pas protégé l’équivalent en .eu.

4 millions d’euros d’investissement

Créée en janvier 2006, la société chypriote dispose de moyens importants. L’accréditation d’un « registrar » coûte 10 000 euros. Multiplié ce chiffre par 400, cela donne 4 millions d’euros.

Après son succès lors de l’ouverture du .eu à tous, Ovidio a décidé de s’attaquer aux .eu débloqués par l’Eurid. Ces noms peuvent être lucratifs ; le fait qu’il y ait eu une demande initiale prouve que ces noms ont un intérêt.

Le 7 juin, les prestataires de la société ont réussi à saturer le système de recherche de disponibilité des noms de domaine (dit DAS). Ce système est obligatoirement respecté par les autres « registrars » pour éviter les pénalités de l’Eurid. Si chaque « registrar » dispose de 5 adresses IP, la force de frappe concurrente est de 2 000 ! Autant dire, que le blocage pour non respect des procédures durant 24 H des demandes d’un des quatre cent prestataires est négligeable pour cette entité.

Ecoeuré, de nombreux prestataires se demandant si cela vaut encore le coup de mobiliser leurs équipes chaque semaine pour tenter de récupérer des .eu lors de leur remise à disposition. Le débat fait rage autour d’Ovidio dans la liste de discussion des « registrars » du .eu, dont fait partie le MailClub.

De son coté, l’Eurid botte en touche, et indique aux plaignants que si ils considèrent que certains noms de domaine ont été enregistrés de manière spéculative ou abusive, ils peuvent utiliser au cas par cas les ADR (Alternative Dispute Resolution), mise en place par la cour d’arbitrage tchèque.

Les pratiques d’Ovidio et de son réseau de « registrars » relèvent de la pratique d’enregistrement massive et spéculative de .eu. Si l’éthique est touchée, le modèle économique est impressionnant.

Leurs seules erreurs résident dans l’article 4 des conditions d’enregistrements des .eu. Il stipule que « le Bureau d’Enregistrement a l’obligation de communiquer à EURid les coordonnées exactes de la partie de son site Internet où il fait référence à l’enregistrement des Noms de Domaine.(…)de manière telle que les Utilisateurs Finaux puissent contacter le Bureau d’Enregistrement directement ». Or, les principaux prestataires américains incriminés ne proposaient pas de contact, ni de site web. Toutefois, on voit mal l’Eurid supprimer l’ensemble des noms enregistrés par ce type de société.

L’autre erreur d’Ovidio est d’avoir enregistré des noms correspondants à des marques. On peut imaginer que les ayants droits se réveilleront un jour ou l’autre et les assigneront afin de récupérer leurs .eu litigieux.

Pour en savoir plus :
Lire notre article : Les « registrars » américains à l’assaut du .eu