Les noms de domaine de nos ministères

Nos institutions publiques regorgent de noms de domaine officiels (près de 200) avec une extension privilégiée : le .GOUV.FR. Pourtant la politique de nommage étatique n’est pas des plus homogènes. Elle n’échappe également pas aux affres du cybersquatting.

Tout d’abord, il est utile de savoir que l’Afnic (association en charge des .FR) bloque une liste de termes fondamentaux (disponible en cliquant ici) dont certains sont réservés par l’Etat. Ministre.fr, impots.fr ou prefecture.fr sont ainsi interdits de tout enregistrement litigieux.

Les noms de domaine étatiques qui ne sont pas enregistrés en .GOUV.FR se réduisent à une peau de chagrin.
Un .ORG pour l’Assemblée des départements de France (ADF) et son departement.org (alors que departement.fr fait partie de la fameuse liste de l’Afnic !). Quelques .COM : un pour la Fédération nationale des centres de gestion de la fonction publique territoriale (fncdg.com), un autre pour le Portail de l’armement (ixarm.com). Un .NET pour le dépistage du cancer du sein sur rendezvoussanteplus.net. Bref, quelques exceptions qui n’ébranlent pas le .GOUV.FR.

Ministere.GOUV.FR

Si l’on devait définir une règle de nommage générale pour les noms de domaine de nos ministères, on proposerait le nomduministere.gouv.fr.
Exemple pour le Ministère de l’agriculture et de la pêche et son agriculture.gouv.fr.
L’Education Nationale (education.gouv.fr), le Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire (developpement-durable.gouv.fr), le Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi (minefe.gouv.fr), le Ministère de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales (interieur.gouv.fr), le Ministère de la culture et de la communication (culture.gouv.fr), le Ministère de la défense (defense.gouv.fr), le Ministère de la justice (justice.gouv.fr) ou Ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative (sante-jeunesse-sports.gouv.fr) fonctionnent tous ainsi. Aucune ombre à tableau.

Des sous domaines rattachés aux ministères

Les ministères développent ensuite une multitude de sites satellites autour de leurs domaines de compétence. C’est à partir de là que l’homogénéité de la politique de nommage s’ébranle.
Une tendance se dégage mollement avec la création de sous domaines à partir du nom de domaine du ministère. L’Agriculture a ainsi des ecoledelaforet.agriculture.gouv.fr, emploi.agriculture.gouv.fr, concours.agriculture.gouv.fr ou simplifions.agriculture.gouv.fr (la boite à idées). Même chose pour la Justice et cjn.justice.gouv.fr (Casier Judiciaire National), ado.justice.gouv.fr, parrainage.justice.gouv.fr, enlevement-parental.justice.gouv.fr, carte-judiciaire.justice.gouv.fr, vos-droits.justice.gouv.fr, annuaires.justice.gouv.fr ou textes.justice.gouv.fr.

Ce modèle est faussé par de nombreux sites rattachés à des ministères mais qui bénéficient tout de même d’un accès direct en .GOUV.FR !
La securite-routiere.gouv.fr, la mer.gouv.fr, l’aviation-civile.gouv.fr, le nouveaupermisdeconstruire.gouv.fr sont pourtant rattachés au Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire. Même chose au Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique qui chapeaute impots.gouv.fr, amendes.gouv.fr, performance-publique.gouv.fr et cadastre.gouv.fr. Le Ministère du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité a également une belle collection avec social.gouv.fr, handicap.gouv.fr, famille.gouv.fr, personnes-agees.gouv.fr, femmes-egalite.gouv.fr, emploidesseniors.gouv.fr, prudhommes.gouv.fr.

Des noms de domaine directement en .FR dérogent également à la propension des sous-domaines. Au choix ? cyber-budget.fr, france-allemagne.fr, lecoleagit.fr ou pretmobilite.fr.

Interdiction d’enregistrer des .FR contenant le terme GOUV ?

Et le cybersquatting dans tout cela me direz-vous ? Le manque de cohésion a attiré quelques dépôts frauduleux. Sur tous les noms de domaine du type quelquechose.gouv.fr, nous avons testé la disponibilité du nom sans le point précédent le .GOUV.FR. Notre étude a révélé que 22 % de ces .FR étaient enregistrés. Parmi ces dépôts, on retrouve des cas flagrants de cybersquatting avec les habituelles pages parkings et son lot de liens sponsorisés. Illustrations avec educationgouv.fr, justicegouv.fr, diplomatiegouv.fr, impotsgouv.fr, amendesgouv.fr ou cadastregouv.fr

Un vrai problème dont la consultation publique relative à l’avenir des .FR s’est saisie. « Faut-il interdire l’enregistrement dans la racine « .fr » de tous les noms de type « abcd-gouv » ou « abcdgouv », lorsque « abcd.gouv.fr » est effectivement un site officiel du gouvernement, voire interdire systématiquement tous les noms se terminant par « gouv » ?
L’expérience des noms de domaine nous a appris que la mise en place d’un périmètre de protection est utopique. Il y aura toujours un petit malin pour rajouter / enlever / inverser une lettre ou plusieurs dans un nom de domaine.

Pour en savoir plus :
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