La Suisse ne peut pas se limiter au .CH

Suite de la quatrième matinée des noms de domaine du MailClub , qui s’est déroulé à Genève, avec l’interview par Cédric Manara, l’animateur de l’évènement, de Charles Tiné, le fondateur du bureau d’enregistrement. L’occasion de revenir sur la manifestation suisse, organisée en partenariat avec le C.F.S.C.I et l’OMPI.

Cédric Manara : 12 millions de noms de domaine en .de en Allemagne, 1.500.000 .it (Italie), 1.100.000 .fr pour la France… En comparaison de ses voisins, la Suisse a franchi le cap du million de noms en .ch en août 2007. L’utilisation des noms de domaine en Suisse est-elle à la hauteur de ses voisins ?

La question de l’utilisation des noms de domaine dans un pays est trop souvent limitée à l’extension locale

Charles Tiné : Eu égard à la taille du pays, je trouve que la Suisse s’en sort très bien. Il y a par exemple autant de .ch que de .fr. Je pense que cela est principalement dû au mode de commercialisation en direct qui a été adopté par le Switch depuis le début, ainsi qu’à l’absence de charte de nommage contraignante, comme cela a pu être le cas en France par exemple. Mais votre question est plus complexe qu’elle n’y parait, si l’on veut dépasser le cas spécifique du .ch.

La question de l’utilisation des noms de domaine dans un pays est trop souvent limitée à l’extension locale, or il n’y a pas, ou plutôt il ne devrait pas y avoir, que le .com ou le .ch dans la vie d’une entreprise, surtout pas d’une entreprise suisse, née dans un pays naturellement tourné vers l’export.

C’est là que l’on peut voir les limites, voir les inconvénients du modèle de distribution directe des .ch par le Switch. Depuis des années en effet, les entreprises ont l’habitude de l’adresser directement au « Nic », avec une conséquence directe, l’absence de bureaux d’enregistrement suisses. A quoi bon passer par un intermédiaire alors que l’on peut aller directement à la source. C’est vrai pour la matière de base, le .ch, mais un bureau d’enregistrement spécialisé entreprises propose bien davantage, à commencer par les cctlds mondiaux, mais aussi de nombreux services annexes (veilles, conseils stratégiques, récupérations, …).

L’absence de prestataires locaux proposant ces prestations a fait prendre un certain retard au marché suisse : pas d’offre = peu de demande. C’est d’autant plus dommageable pour ces entreprises qu’elles sont souvent fortement tournées vers l’export, et que leurs marques, du fait des secteurs d’activité concernés, sont fortement attaquées en cybersquatting.

Nous avons perçu, lors de notre matinée noms de domaine à Genève, un fort intérêt et un gros besoin d’interlocuteur spécialiste offrant un panel large de services autour des noms de domaine, et le MailClub considère aujourd’hui la Suisse, et au premier plan la Suisse Romande, comme son principal marché d’export, car nous pouvons combler le vide que je mentionnais à l’instant du côté des prestataires.

– CM : Zürich est la ville où ont été enregistrés le plus de .ch. Viennent ensuite Berne et Genève. Ces différences peuvent-elles s’expliquer ?

– CT : Je pense que cela tient à deux facteurs : d’une part la ventilation de la population et des entreprises en Suisse, la Suisse Alémanique représentant près de 70% de la population de l’économie du pays. Par ailleurs, on ne peut pas considérer que cette ventilation n’a pas de lien avec le fait que le premier cctld dans le monde est le .de. Il est sans doutes naturel que les liens entre l’Allemagne et la Suisse Alémanique soient une explication au développement des noms de domaine dans le Canton de Zürich.

Je reviens par contre sur un point que j’expliquais au début de notre entretien : le dynamisme des noms de domaine dans un pays ne se limite pas à l’extension locale, surtout dans un pays exportateur, c’est pourquoi je parie sur un rattrapage de la Suisse Romande, notamment grâce aux cctlds, indispensables pour les entreprises exportatrices, fortement présentes dans les cantons romans.

– CM : On constate que les grandes entreprises qui ont une activité électronique sont celles qui ont vite compris l’intérêt des noms de domaine, et de leur protection. Les entreprises plus modestes, qui ne sont pas, ou pas encore, sur internet, doivent-elles être indifférentes à l’égard des noms de domaine ? Faut-il s’intéresser seulement aux noms en .ch, ou à d’autres extensions ?

La Suisse ne peut pas se limiter au .CH

– CT : Je pense que la prise de conscience a fait de grands pas depuis quelques temps. On voit globalement en Europe de plus en plus de sujets liés aux noms de domaine dans la presse destinée aux petites et moyennes entreprises, notamment depuis le lancement du .eu. Au MailClub nous avons vu depuis 2 ans une hausse exponentielle du nombre de nos clients PME.

Il est évident que, notamment pour un pays comme la Suisse, une entreprise ambitieuse et ayant des projets d’export ne peut se limiter au seul .ch. La libéralisation progressive des règles d’enregistrement à laquelle on assiste dans de nombreux pays permet aujourd’hui à des entreprises implantées dans un seul pays de pouvoir protéger leurs marques au niveau international, et d’exploiter des sites locaux utilisant des domaines locaux qui seront bien mieux référencés dans les moteurs de recherche des pays concernés. Il est important de bâtir une stratégie de nommage en amont de son développement international, même pour une petite entreprise, et c’est tout le sens de l’ensemble du service que le MailClub peut offrir à ses clients. L’inconvénient de la simplification des règles d’enregistrement est que les cybersquatters s’attaquent à présent aux cctlds, et plus uniquement aux .com ou .net.

Les prix des noms de domaine ont énormément baissé dans tous les pays depuis quelques années, et il est aujourd’hui possible de réserver ses domaines dans les principaux pays pour un coût très raisonnable, qui n’a rien à voir avec le prix de négociation d’un domaine déjà déposé. Aujourd’hui pour environ 3 000 francs suisses, il est possible de se protéger dans les 30 principales extensions mondiales. A titre de comparaison, une procédure UDRP coûte 1500 dollars plus les frais éventuels d’avocat… pour un nom de domaine ! Et un rachat à l’amiable tourne en général autour des 2000 dollars… toujours pour un nom de domaine.

– CM : Pour terminer, quels sont les moyens de reconnaître une bonne stratégie de nommage ?

– CT : Elle se reconnaît grâce à un outil simple : une recherche whois mondiale (recherche que chacun peut faire gratuitement en quelques secondes sur http://domaines.mailclub.fr). Une stratégie efficace sait aller à l’essentiel, sans se perdre dans des dépôts inutiles ni tomber dans la paranoïa. Une société dupont qui oublie de déposer dupont.cn ou dupont.ru alors que ce sont deux extensions à dépôts libres, sur des marchés importants, et qui dépose entreprisedenettoyagedupont.ch, nettoyage-dupont.ch, dupontnettoyage.ch en plus de dupont.ch doit se poser des questions….

Autre exemple de bonne pratique, il est important de protéger toutes les ambiguïtés orthographiques de son nom : un exemple simple avec le site Swiss Info : les infos sont elles au singulier ou au pluriel ? Si www.swissinfo.ch renvoie bien vers le bon site, www.swissinfos.ch est un site « parking » à vendre, qui représente une vraie perte de trafic pour Swiss Info. Il aurait été judicieux de déposer les deux domaines au moment où c’était encore possible.

Pour savoir plus :
Le site de Cedric Manara
Le site du MailCLub
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