La mauvaise blague de l’Icann

Explosif. Dans une interview accordée au journal « Les Echos », Paul Twomey, le président de l’Icann, annonce que n’importe qui pourra créer n’importe quelle extension. Une révolution dans le monde des noms de domaine. Celle de trop ?

Il existe déjà plus de 270 extensions dans le monde entre les 250 extensions géographiques (.FR, .DE, .CN…) et la vingtaine de génériques (.COM, .NET, .MOBI…). Ce n’est a priori pas assez pour l’Icann, dont le président annonce « libéraliser les extensions génériques sur Internet. Dès le premier trimestre de 2009, les 1,3 milliard d’internautes pourront acquérir des adresses génériques, en déposant des mots courants comme .amour, .haine ou .ville ou encore des noms propres, comme .lesechos, par exemple« .

Un tel bouleversement secoue le monde du nommage internet. Des rumeurs de création de nombreuses nouvelles extensions fleurissent (lire nos articles à ce sujet), mais de là à envisager une ouverture totale, il y a un fossé que le président de l’Icann vient de franchir.

Une ouverture dans 6 mois ?!

Cette déclaration remet en cause l’ensemble du système actuel. Sa précipitation étonne. Jusqu’ici, le lancement d’une extension était une longue traversée du désert. Certains projets comme le .XXX était même refoulé à l’entrée.

Pour les projets acceptés, comme le récent .TEL, le délai de lancement est souvent de plus de deux ans. Entre la validation de l’Icann en mai 2006 et son ouverture totale en mars 2009, le lancement du .TEL prendra presque trois ans.
Dans son interview, le président de l’Icann proclame la libéralisation dans six mois ! Une aberration.

Quatre critères de création

Paul Twomey propose toutefois quatre freins majeurs. « Premièrement, les noms choisis ne devront pas violer le droit des marques. Ainsi le .apple, qui appartient déjà au fabricant de haute technologie, ne pourrait pas être utilisé par autrui. Deuxième cas de refus : un nom de domaine ne pourra pas être trop proche de termes qui existent déjà. Par exemple, .kom ou. comm, ne seront pas autorisés. Il ne faudra pas non plus que le mot déposé usurpe l’identité d’une communauté, reconnue par ses pairs. Une communauté bouddhiste ancestrale mais reconnue au fin fond de la Thaïlande, pourra, ainsi, rester maître de son nom. Enfin, l’attribution d’une extension sera niée si elle conduit à des problèmes d’ordre public ou moral« .

Quelle sera l’autorité apte à juger ces quatre points. Cela reste un mystère pour l’instant.

En cas de double projet, le patron de l’Icann, a tout prévu. « Si deux individus tentent de déposer une même extension, nous leur donnerons trois mois pour régler leur litige à l’amiable. Si l’affaire ne se règle pas, l’extension sera mise aux enchères et ira au mieux-disant. L’Icann supervisera le processus« .

Les déclarations de Paul Twomey restent stupéfiantes. Le risque de confusion pour le grand public est important. Si ce projet a bien lieu, le monde du nommage comme nous l’avons connu ne ressemblera plus à grand chose.
Après avoir freiné les projets de nouvelles extension, l’Icann va tout autoriser. Le marché retiendra les extensions utiles. A moins qu’il n’y ait plus de marché…