La face cachée des extensions nationales

Un phénomène important touche actuellement les extensions locales (ccTLDs). Elles deviennent de plus en plus « markétées », du fait d’une vocation générique (par exemple le .tv des Iles Tuvalu pour les chaînes de télévision).
Sur les 244 extensions rattachées à un territoire, le MailClub.info a dénombré 19 extensions ayant ouvertement une connotation marketing. Une vraie loterie, car l’Icann délivre à chaque pays deux lettres identifiant leurs origines géographiques. Certaines peuvent avoir une autre signification que celle de leurs territoires et devenir une aubaine pour les sociétés et / ou pays gérant l’extension.

Des tendances se dégagent de ces extensions. Les règles d’enregistrement sont simples et rapides. Ouvertes, vous n’avez pas de justificatifs de présence locale à fournir. L’identification du propriétaire est souvent délicate. La règle qui prédomine est celle du « premier arrivé, premier servi ». Cette norme désavantage fortement les sociétés notoires, qui se font régulièrement dérober des noms de domaine. Mais au-delà de l’aspect protection, ces extensions « markétées » sont des outils de communication nichés parfois performants. Originaux, facilement mémorisables (.fm pour les radios), ces ccTLDs aux significations génériques offrent de nouveaux débouchés.
Les sociétés qui les gèrent sont souvent américaines, parfois au détriment de l’intérêt de la communauté internet locale. Elles ont contacté l’état afin de récupérer la gestion de l’extension moyennant finances. Elles essayent de rendre ces extensions incontournables auprès des internautes du monde entier.
A travers cette étude, le MailClub.info a voulu permettre à ses lecteurs de dresser un panorama de ces ccTLDs « markétées ». Tout au long de la semaine, découvrez la face cachée de certaines extensions pays.

Le célèbre .tv

Commençons aujourd’hui, par une des plus connus d’entre elles : Les Iles Tuvalu et leur .tv. Une aubaine pour ses neuf îlots situés en plein milieu du pacifique nord (à l’Ouest de l’Australie). Onze mille habitants répartis sur 26 kilomètres carrés ont obtenus les deux lettres que s’arrachent les télévisions mondiales.
En 1999, une société américaine rachète la commercialisation de l’extension au gouvernement contre un chèque de 12,5 M$ avec un intéressement. Fin 2001, Verisign, via The .tv Corporation la rachète à 45 M$. Les Iles Tuvalus touchent alors 10 M$ sur la transaction.
Aujourd’hui, la Tv Corporation annonce 250 000 noms, contre 400 000 en 2001. De manière plus philosophique, on peut s’interroger sur le territoire virtuel. En effet, les Iles Tuvalu sont vouées à disparaître car elles sont de plus en plus menacées par la montée du niveau des mers, résultant du changement climatique. Le .tv sera t-il la première extension pays sans territoire rattaché ?

La musique à l’honneur

On passe de la vidéo à l’audio avec (toujours dans le pacifique) la Fédération de Micronésie. Son .fm est devenu l’étendard des radios mondiales. Le plus grand espace maritime du Pacifique (2 798 000 km²) a su profiter de cette aubaine. L’acronyme homonyme du Frequency Modulation est un vrai succès. De nombreuses radios françaises et internationales (cherie.fm, power92.fm) sont présentes sur cette extension. Jamais à court d’idée, l’extension se veut aussi symbole des familles. Il rapproche le .fm comme FaMily. La société Dot.fm, basé à San Francisco commercialise également le .am, extension vernaculaire de l’Arménie, pouvant également signifier les ondes Amplitude Modulation.

Toujours dans l’univers musical, saviez vous que l’île Maurice et le .mu (Music, Musical…) a été le symbole mélodieux de tout un secteur d’activité. Cependant, le nic mauricien dénonce aujourd’hui dans un communiqué la société DomainWorld qui vend des .mu pour l’industrie musicale. Elle attaque cette entreprise (avec qui elle avait souscrit un contrat) car cette dernière n’aurait pas réglé des compensations financières. Elle met en garde les internautes en affirmant que DomainWorld « n’est pas autorisé et ne peux pas enregistrer des noms de domaine en .mu »… Pendant ce temps là, Domainworld commercialise toujours ses noms « qui ont un sens, qui peut aussi signifier Media University ou My Url ».

Djibouti et le .dj pourraient devenir l’extension des « disc jockey » du monde entier. Saine ambition, cependant le nic djiboutien annonce sur son site 12 noms créés sans David Guetta ou Benassi Bros dans le lot.Lundi prochain, découvrez la suite de notre étude sur les extensions locales déviées en génériques