Juin 2008, quand le nommage internet a changé d’ère (1/4)

Charles Tiné, gérant fondateur du bureau d’enregistrement de noms de domaine, le MailClub, analyse en quatre temps les conséquences de la libéralisation des extensions validée par l’Icann en juin 2008. Fort de son expérience de plus de dix ans dans la profession, il décrypte cette semaine les implications de cette évolution.

Le 23 juin 2008, un article des Echos annonçait la fin des restrictions sur la création de nouveaux domaines de premier niveau, les fameux TLDs. Passée à peu près inaperçue aux yeux du grand public, cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le petit monde des professionnels du nom de domaine, qu’ils soient responsables d’entreprises, bureaux d’enregistrement ou investisseurs en noms de domaine (les « domainers »).

Même si l’article allait un peu vite en besogne, le président de l’Icann ayant apporté le lendemain des précisions importantes lors d’une interview accordée au site mailclub.info, notamment en ce qui concerne les coûts de lancement de ces nouveaux TLDs (« 6 chiffres… en dollars »), les implications des changements de règles, annoncés pour 2009 sont potentiellement gigantesques… pour le meilleur et peut-être le pire.

Jusqu’à présent, les nouveaux TLDs étaient lancés selon un processus long et semé d’embuches. Les .biz, .info et autres .jobs ont mit des années à voir le jour, le .xxx a été plusieurs fois recalé. Les promoteurs de ces projets devaient développer un lobbying puissant et prouver à l’Icann que leurs projets étaient solides et correspondaient à un réel besoin de la communauté internet, ce qui reste d’ailleurs à prouver, même pour les projets qui ont vu le jour… (qui utilise aujourd’hui le .travel, le .museum ou le .jobs…?).

Des dizaines de nouveaux TLDs

Le changement fondamental à venir est que l’Icann ne se posera plus en juge de l’utilisation du TLD, mais simplement en vérificateur que le projet est techniquement et financièrement viable, et ne risque pas de mettre à mal la stabilité de la structure de l’internet. Si ces conditions sont remplies, le TLD sera autorisé, sans aucun jugement de valeur sur l’intérêt de son lancement. Le droit des marques sera bien entendu pris en compte, mais de toute façon, à plusieurs centaines de milliers d’euros le TLD, le TLDsquatting devrait quand même être plus limité que celui qui touche les .com !

Ce nouvel univers du possible va voir éclore des dizaines de nouveaux TLDs. Des projets sont déjà bien avancés, souvent autour de thématiques, de communautés, de villes ou de métiers : .sport, .paris, .bank, .xxx (une fois de plus), etc… Que cette multiplication soit utile ou non pour l’internaute lambda est un vaste débat. Nous nous attacherons seulement ici à analyser les conséquences de ces nouvelles règles sur la stratégie des entreprises, règles qui doivent les faire réfléchir sur l’univers de protection de leurs marques d’une part, et sur les opportunités offertes par la possibilité qu’elles auront de créer leurs propres extensions (.danone, .coke, .microsoft…) que nous désignerons ici par le terme de « CorpTLD ».

La semaine prochaine, nous analyserons les conséquences de la libéralisation sur la stratégie de nommage des entreprises.