France numérique 2012, quel impact pour les noms de domaine ?

Eric Besson, le Secrétaire d’Etat à la Prospective, à l’Evaluation des politiques publiques et au Développement de l’économie numérique, a présenté hier son plan de développement de l’économie numérique. 154 mesures sont proposées dont plusieurs relatives aux noms de domaine. MailClub.info a sélectionné les mesures qui comptent pour le monde du nommage (gouvernance, IPV6, libéralisation nouvelles extensions, internationalisation des noms de domaine).

Faire émerger une gouvernance européenne
et internationale de l’Internet

Le Plan numérique 2012 rappelle que la gouvernance des ressources critiques de l’Internet (en particulier les adresses Internet et les noms de domaine) revêt une importance cruciale car elle oriente l’avenir de l’Internet et influe sur ses usages.
Internet ne connaissant pas de frontières, la coopération internationale, notamment avec les partenaires européens de
la France, doit être un pilier majeur de la gouvernance internationale de l’Internet. La France et l’Union
européenne doivent réaffirmer leur présence et leur rôle sur ces problématiques majeures.

Vers une gouvernance “multi-acteurs”

Au sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) à Tunis en 2005, 180 pays ont consacré le principe
d’une gouvernance “multi-acteurs” pour les enjeux liés à l’évolution et à l’usage de l’Internet. La nature des
sujets exige en effet d’associer gouvernements, secteur privé et société civile.
Aujourd’hui l’Internet est à un tournant de son histoire : plus de 1,3 milliard de personnes sont connectées. 2,5 milliards devraient l’être dans cinq ans. La Chine comptera alors plus d’internautes que les États-Unis et l’Union européenne réunis.

D’ici à 2010, les adresses Internet IPv4 seront épuisées. La croissance d’Internet ne sera donc possible et profitable à tous que si le nombre d’adresses disponibles est largement accrû et que d’autres langues sont reconnues dans l’espace des noms de domaine et sur le web.

IPV6, vite !

Face à la pénurie annoncée des adresses Internet IPv4, une action concertée est indispensable pour déployer la technologie IPv6 (Internet Protocol version 6) qui permettra d’augmenter de manière quasi illimitée ce nombre d’adresses.
Cette technologie favorisera l’apparition d’applications Internet innovantes, notamment celles qui nécessitent de mettre en réseau un très grand nombre d’appareil simples. Le déploiement d’IPv6 est inévitable.
Il a cependant pris du retard car les acteurs industriels n’en tirent pas un bénéfice immédiat. Son coût pourra être maîtrisé à condition qu’il soit progressif et planifié. Il est recommandé d’introduire IPv6 étape par étape, notamment à l’occasion de mises à jour de logiciels et d’équipements, de changements dans l’organisation et de mesures de formation (qui peuvent sembler sans rapport avec IPv6 a
priori). Les coûts seront nettement plus élevés si IPv6 est déployé en tant que projet distinct et avec des
contraintes de temps. Les gouvernements européens ont donc un rôle important à jouer en encourageant tous
les acteurs à accélérer la migration vers IPv6 pour le bénéfice de l’ensemble de la communauté Internet.

Action n°149 : Introduire progressivement, à partir de 2009, la compatibilité avec IPv6 dans les marchés publics
de l’État

La coordination globale et la gestion de la stabilité des ressources critiques de l’Internet, notamment du système
des noms de domaines sont assurées par l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), une
organisation de droit privé à but non lucratif liée au Département du Commerce Américain au travers d’un
accord qui prendra fin en septembre 2009. L’échéance de cet accord est l’occasion de faire de l’ICANN une
organisation multi-acteurs plus internationalisée, associant de manière appropriée la communauté technique,
les utilisateurs, le secteur privé mais aussi les gouvernements, pour les questions de politiques publiques
d’intérêt général
.
L’Union européenne est partagée sur la transition institutionnelle de l’ICANN. Il convient donc
que la France renforce cette concertation européenne sur ce sujet.

Action n°150 : Agir pour une véritable transition de l’ICANN, en septembre 2009, vers une organisation pleinement multi-acteurs, internationalisée

À l’occasion de la réunion de l’ICANN qui s’est tenue à Paris du 23 au 27 juin 2008, des progrès ont été accomplis
en vue de l’introduction des noms de domaines internationalisés. Ils permettront à tout internaute, quelle que soit sa nationalité, d’utiliser des noms de domaine écrits dans sa propre langue (en chinois, cyrillique, ou arabe par exemple), sans recourir exclusivement à l’alphabet romain.

L’internationalisation des noms de domaines est stratégique car elle répond non seulement à la politique de diversité culturelle de la France mais aussi elle
devrait faciliter une multi-polarisation des responsabilités de gestion des ressources critiques d’Internet entre les différentes régions du monde partageant la même écriture.

Action n°151 : Soutenir l’internationalisation des noms de domaines

Le nombre de noms de domaines génériques (gTLDs) était à l’origine réduit. Le 26 juin, l’ICANN a donné son
accord de principe à la diversification des noms de domaines, au-delà des “.com” ou “.org”. Il sera bientôt possible de créer des noms de domaines comme “.paris”. Il conviendra d’encourager le développement de l’espace des
noms de domaines qui permettra d’optimiser la création de valeur économique mais aussi sociale pour l’ensemble de la communauté.

Action n°152 : Encourager les acteurs français à introduire des noms de domaine génériques (gTLDs)

La fiabilité, la sécurité et la stabilité d’Internet, en particulier des infrastructures critiques, sont devenues
cruciales pour l’ensemble des usagers de l’Internet qu’il s’agisse des citoyens, des entreprises ou des acteurs
publics.
L’Internet lui-même doit être considéré comme une infrastructure vitale et des actions importantes
doivent être entreprises pour améliorer sa résilience.
Une faille de sécurité sans précédent portant sur le coeur
même de l’architecture d’Internet a été découverte par hasard au début de l’année 2008
. Cette brèche aurait pu
constituer une atteinte importante à la sécurité de tous les sites et des données échangées sur Internet.

Des escrocs auraient pu par exemple envoyer les internautes vers de faux sites de banques pour récupérer leur numéro de carte bancaire. Les géants américains de l’informatique se sont réunis dans le plus grand secret pour parer à cette importante faille de sécurité qui n’a finalement été rendue publique qu’en juillet 2008. À lui seul, cet événement révèle non seulement que les attaques informatiques constituent une réelle menace mais aussi
que l’Europe n’a pas encore investi ce sujet. Internet ne connaissant pas de frontières, une coopération
internationale, notamment avec les partenaires européens de la France, est nécessaire pour assurer la stabilité
et la sécurité du réseau. Cette coopération doit porter à la fois sur les mesures techniques contre les risques
informatiques, sur la coordination des mesures juridiques et enfin sur la sensibilisation des usagers de l’Internet.