.eu, une affaire d’Etat

Vincent Thery, membre du Service des Technologies et de la Société de l’Information au sein du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, est intervenu lors de la Matinée des Noms de Domaine (découvrez l’album photo, en cliquant ici) au sujet des .eu. Un thème qu’il connaît parfaitement, car il est le point de validation gouvernemental de la France pour la future extension européenne. Voici le compte-rendu de sa présentation.

Vincent Thery a tout d’abord replacé le .fr dans l’espace internet européen. Il a relevé que « les grands ccTLD européens disposent d’une forte notoriété et d’une taille critique (plus de un million de noms) et que le .fr va les rejoindre grâce à l’assouplissement de 2004 et à l’ouverture aux personnes physiques ».

Un lancement précipité

Le représentant du ministère s’est ensuite appesanti sur l’historique du .eu. Si « le processus est très long (5 ans) pour le cadre réglementaire, il est très court pour le lancement opérationnel d’ici le 7 décembre. La deuxième liste de noms réservés par les Etats membres a été modifiée seulement le 10 octobre 2005 ».

Vincent Thery s’est expliqué sur cette soudaine précipitation. « Le registre doit traduire dans l’ensemble des langues communautaires les règles d’enregistrement et puis les publier deux mois avant la date d’échéance. Elles ne le sont pas, même à un mois du lancement. Il y a un décalage entre ce qui était prévu et la réalité. Clairement il y a eu un effet « Je brûle le navire, si nous n’ouvrons pas le .eu maintenant, nous ne l’ouvrirons jamais ». Ce n’est pas très satisfaisant vis à vis des registrars et des utilisateurs finaux ».

Vincent Thery est revenu sur la « sunrise period » du .eu. Divisée en deux périodes, elle est « réservée aux titulaires de droits antérieurs sur le nom, qui peuvent enregistrer le nom complet sur lequel le droit est détenu. Le contrôle et la validation du droit invoqué est exercé par PriceWaterhouseCoopers. L’attribution se fait sur la base du premier arrivé / premier servi entre titulaires d’un droit reconnu ».

Spécificité des organismes publiques

Les organismes publiques peuvent enregistrer « le nom complet de l’organisme, l’acronyme sous lequel il est connu, et l’appellation courante du territoire pour les collectivités locales ». Ces noms sont validés par Vincent Thery « point de validation gouvernemental ».

« Les organismes éligibles sont l’Etat, collectivité territoriales, établissements publics, GIP, organisations internationales et intergouvernementales (statut public…) et probablement les fondations et associations reconnues d’utilité publique par décret. Le justificatif demandé sera une lettre sur papier officiel, mentionnant si nécessaire le décret applicable (établissement public, reconnaissance d’utilité publique) ».

Risques de contournement

En avril 2006, l’ouverture sera totale. L’enregistrement « se fera sur un mode déclaratif par le demandeur. Il n’y aura pas de contrôle systématique. Une révocation de l’enregistrement sera possible en cas de fausse déclaration ».

Plusieurs questions ont été posées sur les possibles contournements. Vincent Thery a reconnu ces risques : « C’est évident qu’il y a des moyens de contourner. C’est facile, car on explique qu’il n’y a pas de serrure sur la porte. Vous pouvez donc entrer par effraction dans le .eu, il n’y a aucun problème. Il y a alors deux solutions : ou personne ne s’en plaint, et ça ne se verra probablement pas, ou bien il y a un conflit et donc une vérification ».