Yahoo mis en cause par son Chef économiste

Cette semaine, une interview de Renaud Chareyre, directeur du développement de la société Woxxo, et auteur d’un livre sur le système Google, « Google Spleen« . Nous nous éloignons des noms de domaine, mais c’est un sujet suffisamment sensible pour que nous nous y intéressions, sachant que les noms de domaine sont l’un des éléments pris en compte par les moteurs de recherche dans l’indexation des sites.

Bonjour Renaud, vous avez publié il y a quelque temps un livre, Google Spleen, sur l’opacité avec laquelle Google gère son système d’enchère des prix de ses publicités Adwords, pourriez-vous nous en dire un mot ?

Adwords, c’est le tiroir-caisse de Google. Les services que propose Google à titre gratuit reposent sur les ressources dégagées par Adwords. Avec le Google Spleen, j’ai voulu montré que la très grande opacité du fonctionnement d’Adwords, et des principales régies publicitaires en ligne, est de nature à accueillir des mécanismes tendant à manipuler les annonceurs, sur fond de pratiques déloyales et pour des profits exponentiels.

Il semble que cette analyse se confirme, avec la nouvelle qui vient de tomber à propos non pas de Google mais de Yahoo : peut on considérer que l’annonce faite par Preston McAfee, Chef économiste de Yahoo, confirme que sa société fausse les enchères sur son moteur de recherche ?

L’architecture de service de la régie publicitaire de Yahoo s’est peu à peu alignée sur celle de Google. Les deux systèmes proposent aux annonceurs un environnement identique, marqué par la non-transparence des critères d’affichage des publicités. En ce qui concerne Yahoo, Preston McAfee, plutôt bien placé pour savoir de quoi il retourne, a fait savoir, sans aucune équivoque, que sa régie applique des méthodes de classement ayant en définitive assez peu de rapport avec ce que le système veut faire croire : niveau d’enchères, taux de clic, indice de qualité…, tout cela finalement compte assez peu, car Yahoo se donne le droit de tirer les ficelles dans le dos de ses clients en pénalisant secrètement les publicités de son choix.

Les propos de Preston McAfee ont été assez peu relayés… n’est-ce pas surprenant ?

McAfee place le système au bord de l’abîme. Et c’est aussi Google, par sa régie publicitaire, qui est en ligne de mire. Le sujet donne le vertige à bon nombre d’organes de presse…

Quelle a été la réaction de Yahoo ?

Je n’ai pas connaissance pour le moment du fait que Yahoo ait réagi aux propos de Preston McAfee. Il est cependant indéniable que les ajustements décrits par l’économiste sont au cœur des réflexions liées à la rentabilité des modèles, comme en attestent diverses publications.

Pensez-vous que cette histoire va tomber dans les oubliettes ou est une vraie bombe ?

Cette histoire est une vraie bombe et elle ne devrait certainement pas tomber dans les oubliettes. Des principes économiques et contractuels élémentaires sont en jeu. Plus largement, le système exposé par Preston McAfee met à mal les modalités de rémunération de la compétitivité et de dynamisation de l’innovation dans nos sociétés. C’est donc le consommateur qui en subit toutes les conséquences.

Que va-t-il se passer à présent ?

Je crois que certaines autorités, en particulier en France, en Europe et aux Etats-Unis, mesurent désormais les enjeux de la problématique. J’espère que les opinions publiques seront rapidement amenées à en faire autant.

En savoir plus : http://www.theregister.co.uk/2010/09/16/yahoo_does_squashing/