Wat.tv, le buzz de la semaine

Quarante articles (20 minutes, Le Point, Vnunet…) pour un nom de domaine en panne durant quelques heures, ce n’est pas tous les jours que l’on voit cela dans le petit monde des noms de domaine. Coup de pub ou vrai incident ? Pas évident d’y voir clair quand les contre vérités s’enchainent.

Coup de pub involontaire ?

Wat.tv, la plate-forme vidéo de TF1 est tombée en rade durant 24 heures entre le 12 et 13 avril 2009, proposant un site parking en lieu et place des traditionnelles vidéos. Un coup de la panne jugé trop énorme pour être vrai par un des chroniqueurs de Mailclub.info David Chelly.

Pourtant, faire monter le buzz autour de wat.tv ne semblait pas être l’objectif de TF1 ou alors ils jouent très bien la comédie. Dans son blog, la plateforme retrace très précisément (trop, dirons les partisans de la conspiration ?) la « chronologie d’un bug ».
Le communiqué de presse parle alors d’un « grave incident, totalement indépendant de WAT et de TF1, qui résulte de la procédure de renouvellement de son nom de domaine (procédure particulière pour les sites  » premium  » .tv des îles Tuvalu) » et renvoi l’erreur à son fournisseur car « toutes les démarches avaient été entreprises conformément aux règles usuelles ».

Les raisons de cet incident peuvent être multiples (oubli, mauvaise transmission de l’information…) et provenir de plusieurs niveaux (titulaire final, groupe, intermédiaire, bureau d’enregistrement, registre…). Bref, il est peu probable que l’on sache un jour l’origine exacte de l’erreur.

Le .TV reste un cas particulier car lorsque la date d’expiration est passée, les serveurs DNS sont modifiés au profit d’une belle page parking (la ravissante étudiante californienne, cf illustration). Toutefois, le titulaire a encore la priorité pour le réactiver, ce qui a été fait par la suite (cf illustration).

Le buzz lié autour de ce retard de renouvellement a donné lieu à des articles étonnants. La palme revient à « Wat.tv : Quand TF1 met son avenir dans un paradis fiscal englouti » sur Numerama.

Je cite « Quel est le cadre de TF1 qui a cru tenir l’idée du siècle en choisissant comme principal nom de domaine du site de partage vidéos de la chaîne une extension .tv, gérée de manière obscure et incontrôlable par l’île de Tuvalu… le 4ème plus petit pays du monde, qui figure parmi la « liste très noire » (non officielle) des paradis fiscaux situés hors des pays de l’OCDE ? »…

Le .TV, une extension pas si particulière

Cela sent la reprise d’une communication de crise où l’on agite des causes improbables. Pfff…
Personnellement, j’aime bien le .TV, reine des extensions « markétées » (extensions pays vendus comme une extension générique). Je la retrouve parfaite d’un point de vue marketing pour les chaines de télévisions (tmc.tv), plateformes vidéo, WebTV de sociétés (marionnaud.tv)…

Sa gestion n’a rien à voir avec la description de Numerama.
Le .TV est exploité par une société américaine Enom, qui vend cette extension via un réseau de « registrar » (bureau d’enregistrement de noms de domaine) à tous les potentiels acheteurs (sociétés, chaines télés ou même particuliers). Enom a également une activité de « registrar », il est le deuxième plus important au monde avec 9 millions de noms de domaine sous sa coupe !
Enom est clairement un gestionnaire à but lucratif (même s’il reverse une partie de ses revenus aux autorités tuvaliennes pour la commercialisation des .TV) et vend ses abonnements annuels de noms « premium » à des tarifs plus ou moins importants selon la valeur du nom de domaine. Rien à voir avec les paradis fiscaux donc…

Bref, beaucoup de bruit pour un nom de domaine qui revit très bien. Si le buzz n’était pas volontaire, il a toutefois bien eu lieu !