nom de domaine en caractères IDN

L’internet « glocal » est arrivé.

En pleine révolution russe (voir notre article à ce sujet), c’est une autre annonce qui vient confirmer que la mutation de l‘internet a vraiment commencé. L’ATI (AgenceTunisienne de l’Internet) vient d’annoncer avoir terminé la phase d’évaluation du «تونس.» après avoir suivi le processus ICANN prévu et avoir répondu à toutes les exigences qui ont été imposées aux demandeurs des IDN ccTLD. Dans le même temps la Jordanie annonçait un projet similaire via une dépêche Associated Press largement reprise. Il reste encore à ces deux pays des étapes à franchir, mais la route est tracée.

Ces deux nouvelles sont passées relativement inaperçues dans les pays utilisant les caractères latins, mais sont d’une importance fondamentale dans le reste du monde, où les internautes vont pouvoir dès l’année prochain utiliser leurs alphabets d’origine pour surfer.

Si 2011 marquera la création des extensions en caractères non-latins, les domaines dans ces caractères existent déjà depuis pas mal de temps. Peu de gens sont conscients que l’on compte déjà aujourd’hui 62 extensions qui les acceptent (cf ci-dessous). La nouveauté est qu’avec les extensions en chinois, en arabe ou en russe c’est demain l’intégralité de l’adresse qui sera dans la langue locale des internautes : on surfera sur 网域俱乐部.中国 et plus seulement sur 网域俱乐部.cn (le site du Mailclub).

Au delà du symbole universel qu’est la création d’un nouvel internet, plus ouvert, plus global, plus accessible à des peuples qui n’auront plus à s’adapter à un alphabet qui n’est pas le leur, cette révolution impose une nouvelle approche des stratégies de nommage des entreprises et de la protection de leurs marques, tout en ouvrant de nouvelles opportunités à saisir rapidement.

Protection des marques : tout reste à faire, et le temps presse

Caractères cyrilliques pour le .рф , arabes pour le تونس. et chinois pour le .中国, c’est un nouvel espace de nommage qui est en train de se créer. On se retrouve dans la situation d’il y a une dizaine d’année, où la majorité des marques étaient encore libres en .COM, tout comme l’étaient les noms de domaine génériques. La relative imprudence de certaines entreprises dans leurs stratégies de protection de marques sur internet a eu pour conséquence à la fois le développement du cybersquatting, et leur impossibilité à s’approprier des domaines génériques liés à leurs activité ou à leurs produits, domaines qu’elles commencent seulement à racheter sur le marché secondaire, parfois à prix d’or.

Aujourd’hui, les choses ont changé. Ces mêmes entreprises ont ces dernières années construit des portefeuilles de centaines ou de milliers de noms de domaine, mis en place des équipes spécialisées et des stratégies actives et réfléchies. Pourtant, très peu ont adapté ces stratégies aux IDNs : combien de nos clients au Mailclub ont transposé leurs marques, ne serait-ce que dans les caractères romains accentués là où c’est possible ? Le retard de la France en la matière (il reste impossible d’enregistrer des domaines avec des accents en .FR) explique peut-être cette relative passivité, qui risque fort à terme de se payer cher, en coût d’opportunité ou en frais de récupération de domaines cybersquattés.

Les portefeuilles des entreprises contiennent souvent aujourd’hui des alternatives typographiques, visuelles ou phoniques. Ils sont complets, voir pléthoriques, et encore malheureusement mal exploités : combien de ces domaines pointent réellement vers des sites actifs, et quelle système de validation et de contrôle est mis en place pour évaluer l’opportunité de conserver tel ou tel domaine en portefeuille ?

On trouve encore de trop nombreuses entreprises qui ont déposé des dizaines de .COM contentant des fautes de frappes sur leurs marques, imaginant toutes les hypothétiques erreurs que pourraient faire les internautes dans leur navigation, et n’ont pas encore protégé ces marques dans les extensions pays (ccTLDs). Dire aujourd’hui « je n’ai pas besoin de mon .HU car nous n’avons pas de projet de développement en Hongrie » est pour une entreprise d’une certaine taille une faute grave et forcément pénalisante à terme.

Il en sera de même demain pour les IDNs, et les entreprises qui n’auront pas pris soin d’intégrer ces domaines dans leurs stratégies verront immanquablement leurs marques cybersquattées, mais passeront aussi à côté de très belles opportunités de domaines génériques, que les domaineurs de tous horizons raffleront les uns après les autres.

Je suis convaincu que cette révolution des IDNs est bien plus fondamentale que la création de .SPORT, .PARIS ou autres .GREEN, dont l’utilité affichée m’a toujours parue douteuse, tant ces projets sont nés davantage de business plans s’appuyant sur une forme de prise en otage des détenteurs de marques, que d’une demande et d’un besoin réel des utilisateurs d’internet auquel seuls les projets communautaires (.GAY par exemple) et les projets de CorpTLDs (.CANON, .EBAY, …) me paraissent pouvoir répondre réellement.

J’ai voulu que le Mailclub puisse être cohérent avec cette analyse, et nous sommes aujourd’hui le seul bureau d’enregistrement au niveau mondial à offrir un clavier virtuel et un processus de commande et de gestion des domaines totalement compatibles avec l’ensemble des caractères. Notre clavier gère les caractères cyrilliques, tous les caractères accentués nord-européens, et les alphabets hébreux et arabes. Nos services de surveillance de noms de domaine sont également totalement compatibles avec les IDNs, et détectent aussi bien les caractères latins que chinois, et nous proposons même la traduction des marques en idéogrammes, associés à un cabinet local.

Il n’est pas trop tard pour les entreprises de choisir de se positionner sur ce nouvel internet « glocal » (global et local), car le mouvement ne fait que commencer et les lancement se feront via des périodes prioritaires réservées aux propriétaires de marques. Pas trop tard mais urgent : la Russie a ouvert sa sunrise cette semaine, et faute d’avoir une traduction de sa marque et de la protéger lors de cette sunrise, c’est tout le marché local russe de demain qui pourrait se fermer aux entreprises n’ayant pas pris ce virage au bon moment. Rappelons-nous du courrier électronique d’il y a 15 ans : aucun serveur de mail ne gérait les accents et nous remplacions nos é ou nos è par e pour que les courriers soient lisibles… Qui se soucie de cela aujourd’hui ? Ce sera pareil dans 5 ans : nos enfants s’étonneront lorsque nous leur expliquerons que credit.fr a pu exister et valoir 600 000 euros sur le marché secondaire des noms de domaine, alors que tout le monde surfera sur crédit.fr !

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Extensions acceptant des caractères accentués et/ou non-latins.

.ac, .com.ar, .as, .at, .bg, .biz, .com.br, .bv, .bz, .cat, .cc, .ch, .cl, .cn, .co, .com, .cv, .de, .dk, .es, .eu, .fi, .gr, .hk, .hu, .co.il, .in, .info, .io, .ir, .is, .jp, .kr, .li, .lt, .lu, .lv, .md, .museum, .net, .ni, .no, .nu, .nz, .org, .pe, .pl, .pr, .pt, .ru, .рф, .sa, .se, .sh, .su, .th, .tm, .tr, .tv, .tw, .com.ve, .vn

Vous pouvez recevoir la liste des caractères autorisés extension par extension en nous contactant par mail (domaines@mailclub.fr) ou téléphone (+33 (0)4 88 66 22 18).

Le site du Mailclub : http://domaines.mailclub.fr

Les détails de l’offre IDNs du Mailclub : http://www.mailclub.fr/domaines/nom-de-domaine/article/domaines-accentues-idns

N.B.: Merci à Emmanuel Vallois, l’un de nos lecteurs, qui a corrigé certaines fautes dans les idéogrammes de cet article