Il risque finalement de se passer quelque chose au congrès de l’Icann!

Sans doute vidé de sa substance essentielle, le lancement des nouveaux gTLDs, à cause des discussions sans fin entre son Conseil d’Administration et le GAC, le Congrès de l’Icann qui débute dimanche à San Francisco devrait finalement rester animé grâce au .XXX.

On anticipait déjà que la nouvelle de la signature, maintes fois repoussée depuis des années, du contrat permettant le lancement de cette extension serait la seule réelle annonce de ce congrès, mais la réalité risque d’être beaucoup plus animée.

Confirmant les retours que j’ai pu avoir depuis quelques mois auprès de certains des clients du Mailclub opérant dans le « charme », une forte opposition au .XXX se dessine dans ce secteur d’activité. Une manifestation est même organisée à l’appel d’une organisation liée à l’industrie du X, la « Free Speech Coalition », le 17 mars à 12h30 devant l’hôtel où se tiendra le Congrès…

La raison de cette levée de boucliers est assez simple : le .XXX rendra la censure et le contrôle du contenu bien plus facile. Les sites en .XXX seront bien plus faciles à bloquer que ceux en .COM, il suffira de le faire via l’extension du domaine. Dans ces conditions, quel site X serait assez bête pour utiliser le .XXX en étant ainsi certain, par exemple, de ne pas passer les logiciels de contrôle parental ou les firewall des entreprises.

Si le raisonnement tient à première vue, on voit mal où est le problème réel pour l’industrie du X. Dès lors qu’il n’y aura aucune forme d’obligation pour leurs sites d’utiliser l’extension .XXX, il leur suffira de continuer leurs activités comme aujourd’hui, en utilisant le .COM ou toute autre extension disponible sur le marché.

Cette situation risque de rendre le lancement du .XXX assez ubuesque, avec un échec commercial auprès de la cible évidente, et des enregistrements essentiellement faits par des entreprises en dehors du secteur du X, soucieuses de protéger leurs marques de façon défensive.

La pénurie de domaines libres en .COM, et notamment autour de la thématique du sexe, risque néanmoins de faire réfléchir les acteurs de ce marché. Ils trouveront avec cette nouvelle extension un espace où tout sera encore possible, quitte à se faire bloquer plus facilement qu’avec des .COM, extensions dans laquelle ils ne trouvent, de toutes façons, plus rien de libre depuis belle lurette.

Et finalement, s’afficher pour ces sites comme faciles à bloquer par les systèmes de contrôle parental ne peut que leur donner une image d’entreprises plus responsables que ceux de leurs concurrents qui essayent de les contourner. Le système de pré-réservation mis en place par le registre du .XXX a d’ailleurs déjà séduit pas mal de professionnels du X, puisque plus de 200 000 domaines ont à ce jour été pré-réservés.

Frédéric Guillemaut, DG du Mailclub et administrateur de l’Afnic, sera à San Francisco pour nous faire vivre en direct cette manifestation, ainsi que tous les débats du congrès. Retrouvez ses analyses en direct dès dimanche sur sa page Twitter : www.twitter.com/fguillemaut.