Budgets noms de domaine… à quoi s’attendre en 2011 ?

La fin de l’année approche, et avec elle le temps des budgets. Ceux concernant les noms de domaine n’ont fait que croitre depuis des années en raison de nombreux facteurs :
développement des stratégies de protections mondiales, augmentation du nombre de marques à protéger, croissance des risques de cybersquatting, élargissement des enjeux transversaux et des services nécessaires à leur bonne appréhension, notamment de surveillance. Dans ce contexte de hausse régulière, 2011 pourrait être une étape majeure avec une accélération sensible des besoins à laquelle il faut se préparer dès à présent.

2011, l’arrivée probable des nouvelles extensions

L’annonce de la libéralisation du processus de création de nouvelles extensions remonte à 2008. Elle est depuis sans cesse repoussée, en raison des multiples discussions ouvertes depuis plus de 2 ans par ce projet mal préparé par l’Icann, lancé sur un effet d’annonce par son ex-président, mais jamais remis en cause depuis.

Ce retard a permis à tous les acteurs concernés de s’exprimer, et en premier lieu les détenteurs de droits de propriété industrielle. Nous sommes aujourd’hui arrivés à un stade quasiment final et la prochaine mouture (déjà la 5ème …) du « guide du candidat », prévue pour novembre 2010, sera la dernière. Impact direct : les projets de nouvelles extensions dont nous vous parlons dans ces colonnes depuis des mois pourront voir le jour, et ce rapidement car nul doute que les porteurs de projets de perdront pas de temps, tant le retard pris par leurs business plans est important. N’oublions pas que les projets les plus structurés payent des salariés depuis des mois sans aucun revenu, alors qu’ils avaient initialement espéré lancer leurs projets dès 2009…

On parle aujourd’hui de plus de 200 nouveaux TLDs : .sport, .paris, .green, .gay, …. (voir à ce sujet notre rubrique consacrée à ces projets). 200 projets, ce sont aussi 200 risques de cybersquatting potentiels… et 200 périodes « Sunrise ». J’ai eu l’occasion d’écrire ici ce que je pensais de cette situation de quasi prise en otage des détenteurs de marques par l’industrie du nom de domaine (voir mon article), mais qu’on le veuille ou non, il faudra bien protéger ses marques dans tous ces nouveaux ‘points’, souvent d’ailleurs totalement inutiles.

Le scénario catastrophe : 200 nouvelles extensions en quelques mois

La période du .EU est finie depuis longtemps : les entreprises ont souffert une fois, en dupliquant à l’identique en .EU leurs portefeuilles de domaines en .COM. Le lancement du .ASIA a connu un succès dix fois moins important que celui du .EU (300 000 domaines contre 3 millions), avec des stratégies consistant alors à limiter les enregistrements aux marques majeures, stratégies appliquées depuis à chaque création ou libéralisation d’extension (.TEL, .CO, …).

Si gérer une ou deux « sunrise » par an est possible, en gérer 200 risque d’être sinon compliqué, du moins très couteux. Un lancement en période sunrise est facturé en moyenne 200/300 euros. Une entreprise ayant, par exemple, 4 marques majeures se retrouvera avec un coût global de protection de plus de 150 000 euros dans ce nouvel univers de nommage. Heureusement, ce scénario catastrophe n’arrivera pas…

La version soft : une industrie des noms de domaine responsable

Le lancement de ces nouvelles extensions se fera selon un modèle inédit. Pour permettre aux détenteurs de marques de se protéger sans se ruiner, l’Icann a récemment travaillé sur la mise en place d’une gestion centralisée des sunrises et des droits de propriété industrielle par une « Trademark Clearing House ».

Cette solution permettra aux détenteurs de marques de ne les enregistrer qu’une seule fois dans un système central de vérification, qui servira ensuite de base sur laquelle se brancheraient tous les registres dans le cadre de leurs périodes sunrise. C’est précisément cette vérification qui induit des process manuels et est à l’origine des prix des sunrises. Une seule base centrale, c’est la possibilité de n’avoir qu’un seul process de validation manuelle des marques, et par conséquent de fortement limiter le coût pour les entreprises.

Elles se retrouveront à payer, une fois pour toutes, la validation centralisée pour chacune de leurs marques (quelques centaines d’euros, sans doute davantage qu’une sunrise actuelle), avec un prix par domaine réservé dans les périodes d’enregistrements prioritaires qui seront comparable aux prix des réservations normales. Reprenons l’exemple de notre entreprise qui a 4 marques majeures : on pourrait imaginer un coût global de 800 euros pour la sunrise centralisée, plus 200 extensions à environ 25 euros par domaine , soit un total de 20 800 euros… bien loin des 150 000 de la simulation catastrophe.

Si les lobbies s’affrontent toujours aujourd’hui, avec d’un côté les porteurs de projets et les registres/registrars et de l’autre les détenteurs de marques, représentés notamment par l’INTA (International Trademark Association, dont le Mailclub fait partie), l’Icann a clairement indiqué que cette Clearing House verrait le jour. Des projets concurrents de création de cet organe ont été présentés à l’Icann, qui doit trancher dans les semaines qui viennent. Les mois qui viennent et notamment le prochain sommet de l’Icann, qui aura lieu en décembre prochain en Colombie, apporteront les réponses définitives aux dernières questions en suspens.

Une seule chose est certaine quel que soit le scénario final : les nouvelles extensions verront le jour en 2011, peut-être dès juin, plus certainement à la rentrée. Il faut intégrer cette certitude dans la préparation des budgets 2011 qui nécessiteront forcément des rallonges substantielles pour ceux qui voudront maintenir la protection de leurs droits dans ce nouvel environnement, ne serait-ce que pour affiner les politiques de surveillance des enregistrements de domaines portant potentiellement atteinte aux marques. Elles devront porter sur plusieurs centaines d’extensions et nécessiteront des analyses plus fines et complexe (voir à ce sujet les offres du Mailclub sur notre site).