.AFRICA : un élan pour le « leap frog » africain

Article par Jérôme Xavier & Matthieu Aubert


A l’instar du .EU pour l’Europe et du .ASIA pour l’Asie, l’Afrique a depuis le 4 avril dernier son extension continentale (lire ici le calendrier et les modalité de lancement). Cet accouchement a eu lieu dans la douleur au regard des moult rebondissements qui ont eu lieu quant à la désignation du registre qui sera finalement en charge de cette extension.

Pourquoi le .AFRICA est une extension continentale qui se justifie plus que celles existantes ?

Le retard des noms de domaines en Afrique

Tant sur le nombre de noms de domaine enregistrés que sur la fiabilité générale des registres ccTLD africain, ce continent accuse un retard important.

Sur le nombre de noms de domaine :

  • Il y a autant de noms de domaine sous l’ensemble des extensions africaines que de noms de domaine en .FR. (3 millions de noms de domaine),
  • La top extension africaine est celle d’Afrique du Sud, le .CO.ZA qui connait un nombre similaire d’enregistrement à celle de la République Tchèque, qui se classe 13eme dans le top européen (1 million de noms de domaine).

Sur la fiabilité des registres :

Les experts SafeBrands ont établi un système de notation des registres selon 5 critères noté :

  • 1 – Site du registre ou de prestataire technique
  • 2 – Etat des whois
  • 3 – Réactivité du registre
  • 4 – Rapidité des processus
  • 5 – Formalités/Implications clients

Il apparaît de nombreuses disparités parmi les 54 pays d’Afrique dont la moitié ne sont clairement pas au niveau de fiabilité des standards européens, nord-américains et asiatiques. Et 13 ont une note en dessous de la moyenne.

Il est à noter que sur un nombre total de 2 143 registrars accrédités par l’ICANN, seuls 11 sont africains : 4 se situent en Afrique du Sud, 2 au Maroc, et un respectivement au Burundi, Ghana, Nigéria, Sénégal et enfin Tunisie.

26 pays ont un système de registrar, ce qui signifie que pour les autres, la gestion des noms de domaine est assurée directement par le registre, c’est-à-dire les autorités locales, qui ont parfois d’autres préoccupations que les noms de domaine.

14 pays disposent d’un système automatisé d’enregistrement.

statistiques .africa

Ainsi le .AFRICA, qui doit obéir aux standard ICANN sur les nouvelles extensions, offre dès sa sortie une forte fiabilité générale, et permettra à ceux qui ont une stratégie en Afrique de se positionner sur une extension globale, fédératrice. Elle permettra également de couvrir les pays africains pour lesquels il est très difficile voire impossible de déposer des noms de domaine, d’autant que des pays comme Le Burkina-Faso (note 9/20) ou les Comores (note 0/20) sont membres de l’OAPI.

Notons que le registre du .AFRICA est sud-africain et que l’extension de ce pays obtient une note de 20/20.

Les besoins en noms de domaine en Afrique dans les 10 ans à venir

Aujourd’hui l’Afrique a un taux de pénétration d’Internet à 28,7 % contre 50,1% pour le reste du monde avec là aussi des disparités importantes puisque que les taux de pénétration varient de 1% pour l’Érythrée à 68% pour le Kenya. L’accès à Internet se fait principalement par le biais du téléphone mobile.

Les enregistrements provenant d’Afrique cumulent seulement à 5 millions au total contre près de 300 millions mondialement. Et 73% de ces enregistrements proviennent de 10 pays. Concernant les gTDs, uniquement 1% de ces derniers est détenu par des Africains.

Par exemple, il est estimé que le ratio « noms de domaine par habitant » est de 4.5 pour 1 000 en Afrique contre 100 à 300 en Europe.

Sur le schéma ci-dessous issue d’une étude commandée par l’ICANN sont mis en exergue les raisons qui apparaissent freiner le développement d’Internet dans un panel de pays.

En comparaison un accès internet représenterait 15% du montant du revenu mensuel moyen d’un internaute africain contre seulement 1% pour un internaute européen.

La simplicité d’enregistrement, le coût et la promotion conséquente assurée par le .AFRICA devrait donc permettre une plus large adoption par les personnes locales ainsi que celles disposant d’intérêts en Afrique.

 

Le temps que les disparités soient comblées au niveau des registres, l’Afrique et son « saut de grenouille » auront besoin de noms de domaine pour créer du contenu.

Aujourd’hui 75% des 400 millions des pages indexées se répartissent entre 7 pays (Afrique du Sud, Kenya, Zimbabwe, Ouganda, Nigeria, Égypte et Maroc). Ainsi la marge de progression est forte sur le reste du continent.

Rappelons que le « Saut De Grenouille » consiste en un saut d’une étape technologique pour aller directement vers la dernière technologie existante. L’Afrique a peu développé le réseau filaire et ne rattrapera pas son retard en décidant de miser directement sur les technologies mobiles.

En effet on estime que dans les 3 ans à venir, 70% des Africains seront connectés à Internet via la 4G et la 5G grâce à leurs téléphones mobiles. Ça représente un potentiel de 850 millions de personnes à qui il faudra fournir du contenu et des services. Il y a en Afrique plus de 600 millions d’utilisateurs de téléphones mobiles, ce qui est plus qu’en Amérique ou en Europe.

Une des problématiques majeures en termes de développement et le coût liée aux infrastructures. Le Maroc avait par exemple dû investir afin de pouvoir accueillir l’année passée, le sommet ICANN de Marrakech.

Aujourd’hui certains services passent exclusivement par le biais du téléphone mobile, comme la banque MPESA qui a réussi à bancariser 22 millions de personnes.

Aujourd’hui les noms de domaine africains représentent 1% des noms de domaine mondiaux pour 17% de la population mondiale, ce qui laisse une importante marge de progression dont le .AFRICA peut et doit profiter.

L’Afrique doit relever certains challenges afin de permettre de répondre à cette forte demande en croissance constante, tels que :

  • Permettre la création de contenus en langues locales,
  • Encadrer le développement et la promotion de l’E-commerce,
  • Développer des data centers
  • Etc…

Un des freins actuels est également parfois la reconnaissance de la liberté d’expression et son encadrement, bloquant certains à l’utilisation de certaines extensions.

Le .AFRICA n’est donc pas qu’une simple nouvelle extension mais bien un moyen de fédérer la communauté autour d’une extension accessible à chacun via des conditions simples et donnant priorités aux marques locales avant de s’ouvrir plus largement à tout internaute usuel ou disposant d’un nouveau moyen de communication accessible.